Le Temple et l’Égout : pour une foi qui sauve, non qui spolie et détruit !

Le Temple et l’Égout : pour une foi qui sauve, non qui spolie et détruit !

Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a lancé début juillet une vaste offensive d’assainissement contre les églises illégales et de fortune, ciblant près de 1 400 structures sur l’ensemble du territoire national. Au-delà de la simple question d’illégalité, les missions mêmes de ces associations religieuses ne posent-elles pas déjà un problème de fond au Cameroun ?

Cette opération de fermeture systématique fait suite à une série de dérives intolérables, dont le meurtre tragique, fin juin 2026, d’une fillette de 11 ans au quartier Nkolndongo, à Yaoundé. La principale suspecte, fidèle de l’Église Évangélique « Vie et Paix », aurait déclaré avoir agi sous l’influence d’un responsable religieux qui avait qualifié l’enfant de « démon ». Ce drame remet cruellement au goût du jour un phénomène qui prend de l’ampleur au Cameroun, et force à en questionner les causes profondes.

État des lieux

Il est un frisson douloureux qui parcourt l’âme de celui qui observe la cité aujourd’hui. Dans le silence des nuits d’autrefois s’est installé le tumulte incessant de mille clochers improvisés, de temples de fortune élevés à la hâte sous des tôles ondulées. La prolifération de ces nouvelles églises est le miroir d’une détresse collective, le refuge d’une population qui cherche désespérément une main tendue dans l’obscurité. Pourtant, ce foisonnement spirituel porte en lui une double tragédie : celle de sa propre dérive, et celle d’une contagion mercantile qui a fini par corrompre les institutions ecclésiales historiques.

Quelle désolation de voir les grandes églises traditionnelles, jadis phares de désintéressement, succomber à leur tour au démon de l’avoir ! Emportées par une concurrence féroce et une politisation croissante, elles se sont muées en géants fonciers, spoliant des terres ancestrales et accablant les fidèles de demandes financières exorbitantes, quand elles ne transforment pas les lieux de culte en véritables meetings politiques. La dîme et l’offrande, autrefois gestes d’amour et de partage, sont devenues des impôts de la culpabilité. On achète son salut, on monnaie sa délivrance, tandis que les pauvres, dépouillés de leurs maigres économies, rentrent chez eux le cœur lourd et les mains vides.

Et pourtant, au milieu de ce désert moral, ces communautés nouvelles demeurent cruellement nécessaires. Qui d’autre s’en va dans les bas-fonds des quartiers pour arracher la jeunesse aux griffes de la dépravation et du néant ? Face au fléau des drogues fortes qui ravagent les esprits et à ces poisons lents que sont les whiskies en sachet, véritables venins pour le corps et pour l’âme, les prédicateurs de rue sont parfois les derniers remparts. Là où l’État recule, la parole de Dieu, même proclamée d’une voix tremblante, reconstruit des vies brisées, redonne de la dignité aux enfants perdus et enseigne la tempérance. L’éducation des masses passe aussi par ce catéchisme de la survie.

La piété à quel prix ?

Mais la piété ne doit pas aveugler. Sous le voile de la dévotion se cachent trop souvent des loups ravisseurs. Le constat est amer de voir des familles, unies depuis des générations, se déchirer sous les prophéties mensongères de pasteurs autoproclamés. Les accusations de sorcellerie divisent parents et enfants ; des pratiques incantatoires frôlant le satanisme et le contre-nature s’immiscent dans les sanctuaires, tandis que, dans l’ombre des sacristies modernes, s’organisent de sombres réseaux de blanchiment de capitaux. La maison de prière est devenue, par endroits, une caverne de voleurs.

C’est pourquoi, le cœur lourd mais plein d’espoir, nous appelons l’État à sortir de sa léthargie. Il ne s’agit pas d’étouffer la liberté de croire, mais de protéger les âmes vulnérables. Un tri rigoureux s’impose. Que l’autorité publique sépare le bon grain de l’ivraie, en ne tolérant que les communautés dont la foi et les pratiques respectent scrupuleusement les lois, les coutumes et les bonnes mœurs. Il est temps de retrouver le chemin d’une spiritualité pure, délivrée du commerce des hommes, pour que l’encens qui monte vers le ciel ne soit plus jamais souillé par l’odeur de l’argent et des larmes.

Simon Metsengue

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