Cameroun – USA : vers une alliance stratégique pour le rapatriement des trésors spoliés!

Cameroun – USA : vers une alliance stratégique pour le rapatriement des trésors spoliés!

Ce mercredi 26 août 2026, la Salle Bimbia du Musée national de Yaoundé a abrité l’ouverture solennelle des travaux entre le Comité interministériel chargé du rapatriement des biens culturels et une haute délégation de la Smithsonian Institution. Présidée par le ministre des Arts et de la Culture, Bidoung Kpwatt, cette rencontre marque un tournant majeur dans la coopération bilatérale face au défi de la restitution des objets d’art et de la lutte contre le trafic illicite d’œuvres d’art

L’ouverture de ces concertations de haut niveau répond à une urgence historique et institutionnelle. Comme l’a rappelé d’emblée le directeur du Patrimoine culturel du ministère des Arts et de la Culture (MINAC), Marie Thierry Edzoa, le Cameroun est résolument engagé dans la récupération de ses trésors spoliés à l’époque coloniale. « Cette visite d’échange va permettre de mettre à niveau les informations entre la Smithsonian Institution et le Comité interministériel », a-t-il précisé, saluant la synergie naissante avec les experts américains pour renforcer les compétences nationales.

Créé par le gouvernement camerounais et coprésidé par le MINAC et le ministère des Relations extérieures, le Comité interministériel a pour mission d’inventorier, documenter et réclamer les œuvres illicitement exportées en s’appuyant sur les instruments internationaux, notamment la Convention de l’UNESCO de 1970. L’appui technique des institutions américaines vient ainsi consolider cette feuille de route stratégique.

L’ambition de « Cultural Heritage Forward »

Conduite par Ms. Lauren Appelbaum, responsable senior des programmes au Bureau des affaires internationales de la Smithsonian Institution, la délégation américaine s’inscrit dans le cadre du projet *Cultural Heritage Forward*. Financée par le Département d’État américain, cette initiative réunit six pays à travers trois régions du monde, dont le Cameroun et le Nigeria.

Accompagnée de spécialistes du Musée national d’art africain, Ms. Appelbaum a réaffirmé la volonté d’échanger autour des enjeux de la muséologie contemporaine. « L’idée est d’échanger sur la préservation des collections et sur ces nouvelles pratiques axées sur et portées par les communautés locales », a-t-elle souligné, insistant sur un apprentissage réciproque avec les praticiens camerounais. Pour sa part, le Ministre Bidoung Kpwatt place cette démarche du Cameroun sous le sceau de la légitimité et de la souveraineté.
” Le retour des biens culturels n’est pas seulement une question juridique. C’est un acte de justice, de réparation et de dignité pour les communautés” a t’ il souligné.

De la doctrine du « retour éthique »

Côté américain, la présente démarche s’appuie sur un tournant opéré en 2022 par la Smithsonian Institution avec l’adoption de sa politique de « retour éthique ». Cette directive permet la restitution d’œuvres acquises dans des conditions d’extorsion ou de pillage. L’acte fondateur envers le continent réside dans le rapatriement officiel au Nigeria de 29 bronzes du Bénin issus du pillage britannique de 1897.

L’institution américaine privilégie désormais un modèle de « gestion partagée » (*shared stewardship*), associant transfert de propriété légale et prêts de longue durée. Bien que la démarche suscite parfois des débats complexes au sein des diasporas, elle réinvente en profondeur la diplomatie muséale entre les États-Unis et l’Afrique.

Un signal fort pour la justice et la mémoire

Dans son discours d’ouverture, en présence de la chargée d’affaires culturelles de l’Ambassade des États-Unis à Yaoundé, le ministre Bidoung Kpwatt a salué un signal fort. Rappelant la richesse exceptionnelle du Cameroun — forte de plus de 250 ethnies réparties dans quatre grandes aires culturelles —, le ministre a qualifié le rapatriement des œuvres d’« acte de justice, de réparation et de dignité ».

Saisissant cette opportunité pour bâtir un partenariat durable, le Cameroun vise la formation des conservateurs, l’appui à la muséographie, la numérisation des collections et des projets d’expositions croisées. En déclarant les travaux ouverts, le ministre a réaffirmé que la culture demeurait le plus solide pont d’amitié entre les peuples camerounais et américain — un soutien de poids dans le combat que mène le pays pour la réappropriation de son patrimoine.

Simon Metsengue

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