Haute Autorité de Santé- HASC : Véronique Lehmann ” Séparer la politique du contrôle des hôpitaux pour offrir des soins sûrs à tous les Camerounais” !

Haute Autorité de Santé- HASC : Véronique Lehmann ” Séparer la politique du contrôle des hôpitaux pour offrir des soins sûrs à tous les Camerounais” !

Interview de Mme Véronique Lehmann Fouda Experte en administration des hôpitaux (France)

Thème : Réorganisation et modernisation de la coordination hospitalière au Cameroun : l’opportunité d’une Haute Autorité de Santé (HASC).

Slogan: pour la HASC : « Des soins régulés, des hôpitaux performants, une santé pour tous. »

Prétexte & Enjeux stratégiques

L’actualité de la santé au Cameroun est marquée par la montée en charge de la Couverture Santé Universelle (CSU) et le lancement du Plan stratégique national de santé numérique 2026-2030. Alors que l’État investit massivement pour élargir l’accès aux soins, la garantie de l’efficience des dépenses publiques passe impérativement par un encadrement strict de la qualité dans les hôpitaux publics et privés.

La création d’une Haute Autorité de Santé du Cameroun (HASC) répond à un enjeu majeur : séparer les fonctions de tutelle administrative, des fonctions de contrôle technique et d’évaluation**. Le Ministère conserve le pilotage politique et stratégique, tandis que l’autorité indépendante veille à l’accréditation, aux normes de sécurité, à la gestion des risques, à la réduction des inégalités territoriales et à l’interopérabilité des dossiers médicaux numériques.

Le Fil de l’Interview

Camaroes : Mme Véronique Lehmann Fouda, vous préconisez la création d’une Haute Autorité de Santé au Cameroun pour renforcer la coordination hospitalière. Or, le Ministère de la Santé Publique (MINSANTE) et les Régions – dans le cadre de la Décentralisation – assurent déjà la régulation du secteur. Pourquoi une nouvelle structure est-elle nécessaire et comment éviter un doublon institutionnel ?

Mme Véronique Lehmann Fouda : Le Cameroun dispose effectivement d’une organisation structurée à trois niveaux (central, régional et périphérique) où le MINSANTE exerce la tutelle, la régulation et la politique sanitaire globale. Une Haute Autorité de Santé du Cameroun (HASC) ne viendrait pas remplacer le Ministère, mais le compléter en apportant une réelle autonomie technique.

Il s’agit de bien clarifier la répartition des rôles :

Au MINSANTE : la politique nationale de santé, le financement, la planification et la tutelle administrative.
À la HASC: l’évaluation indépendante, les normes de qualité, l’accréditation et la régulation opérationnelle du réseau.
L’objectif est d’apporter une expertise impartiale focalisée sur la performance et la sécurité des soins, dans le secteur public comme dans le secteur privé.

Camaroes : Concrètement, quelles seraient les prérogatives et les missions majeures de la HASC pour moderniser le réseau hospitalier ?

Mme Véronique Lehmann Fouda : Ses missions couvriraient l’ensemble de la chaîne de soins à travers neuf axes stratégiques :

1. Coordination globale : Articuler l’ensemble du réseau hospitalier, public comme privé.
2. Normalisation : Établir des normes nationales rigoureuses de qualité et de sécurité des soins.
3. Accréditation : Évaluer et accréditer périodiquement les établissements hospitaliers.
4. Mesure de la performance : Instaurer des indicateurs communs de performance.
5. Parcours du patient: Organiser de manière fluide les circuits de référence et de contre-référence entre les hôpitaux de différents niveaux.
6. Gestion des risques : Superviser la sécurité sanitaire et la qualité de la prise en charge.
7. Pilotage par la donnée : Produire un tableau de bord national de la santé reposant sur des données hospitalières fiables.
8. Équité territoriale : Contribuer à une répartition équilibrée des équipements lourds, des spécialistes et des ressources selon les besoins réels des populations.
9. Système d’information: Superviser ou gérer un système national de dossier médical numérique interopérable.

 

Camaroes : Le Plan stratégique national de santé numérique 2026-2030 met l’accent sur la transformation technologique. De quelle manière la HASC s’inscrirait-elle dans cette dynamique ?

Mme Véronique Lehmann Fouda :C’est un point névralgique. On ne peut pas réguler un réseau moderne sans un accès partagé, sécurisé et fluide à l’information médicale. Le Plan 2026-2030 souligne la nécessité d’avoir des systèmes interopérables. La HASC aurait précisément pour rôle de garantir cette interopérabilité du dossier numérique du patient à l’échelle nationale et d’alimenter le tableau de bord de la santé en temps réel. Le numérique devient ainsi le bras armé de la régulation et de la coordination.

 

Camaroes : Comment cette instance s’insérerait-elle dans la pyramide sanitaire actuelle, aux côtés des 10 Délégations régionales et des districts de santé ?

Mme Véronique Lehmann Fouda : L’architecture institutionnelle devient très claire lorsque les compétences sont bien définies :

– Présidence de la République  Gouvernement –

– MINSANTE : Politique nationale, financement, planification, tutelle

 

– HASC : Régulation, qualité, accréditation, données, coordination opérationnelle

– 10 Délégations Régionales de la Santé; Hôpitaux Généraux, Centraux et Régionaux

– Districts de Santé et Hôpitaux de District

Ainsi , les directives et standards émis par la HASC s’appliqueraient le long de cette chaîne existante pour s’assurer que le patient reçoit le même niveau de qualité de soin, qu’il soit à Yaoundé, Douala ou dans un district reculé.

Camaroes : Le risque majeur de ce type de réforme est de créer un organisme consultatif de plus. À quelles conditions la HASC peut-elle être réellement efficace sur le terrain ?

Mme Véronique Lehmann Fouda :Si nous ne lui donnons pas les moyens d’agir, elle sera une commission de plus. Pour être efficace, la HASC doit bénéficier d’une réelle volonté politique qui se traduit par trois éléments :

1. Un mandat légal clair  (loi ou décret d’application) fixant son organigramme et les pouvoirs de son conseil.
2. Des moyens financiers et humains propres garantissant son indépendance d’expertise.
3. Une capacité réelle de contrôle et de sanction (notamment sur le retrait ou le refus d’accréditation).

Si ces conditions sont réunies, le Cameroun se dotera d’un levier puissant pour réussir sa Couverture Santé Universelle et offrir des soins performants à l’ensemble de sa population.

Propos recueillis par Simon Metsengue 

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