Guerre Russo- Ukrainienne : sortir du piège de la mémoire !

Guerre Russo- Ukrainienne : sortir du piège de la mémoire !

Dénoncer l’enrôlement de jeunes Africains sur le front ukrainien tout en oubliant le sacrifice des tirailleurs d’hier relève d’un double standard insoutenable. Entre reproches occidentaux et opportunisme moscovite, l’Afrique doit sortir de la posture d’indignation : sa véritable souveraineté passe par le pragmatisme, l’industrialisation et l’emploi de sa jeunesse.

La présence des combattants africains sur le théâtre de la guerre russo-ukrainienne suscite l’émoi en Europe occidentale. Les chancelleries occidentales y voient l’illustration de l’incapacité des dirigeants africains à offrir un avenir et un emploi à leur jeunesse. Du côté de Moscou, on célèbre une aubaine stratégique. Pourtant, la grille de lecture morale appliquée à l’Afrique par ses anciens partenaires européens relève d’une mémoire sélective.

Le sous développement ne peut tout expliquer 

Si l’engagement individuel de jeunes Africains dans un conflit étranger traduit l’urgence socio-économique du continent, accuser de la sorte les dirigeants actuels procède d’un double standard historique. Lorsque l’Europe était menacée par l’hydre nazie au siècle dernier, ce sont des dizaines de milliers de tirailleurs africains qui ont été mobilisés, parfois de force, pour libérer des territoires qui n’étaient pas les leurs. À cette époque, réquisitionner la jeunesse d’un autre continent pour sauver la démocratie européenne relevait de la « nécessité stratégique ».

Les bourreaux d’hier aujourd’hui des philanthropes ? 

Une fois la victoire acquise, le retour à la réalité fut brutal pour ces combattants. Au lieu de l’émancipation promise, l’Afrique a vu s’installer les mécanismes d’une souveraineté confisquée, la néo-colonisation, maintenant les économies locales sous tutelle et limitant le développement industriel du continent. Juger aujourd’hui les Africains sous le seul angle du manque de responsabilité, tout en oubliant l’héritage d’un système économique mondialisé inégalitaire, constitue un raccourci qui heurte la dignité du continent.

Les Etats pas de sentiments mais des intérêts 

Pour autant, la restauration de la dignité africaine ne se fera pas par l’indignation ou l’invocation permanente du passé. Elle exige un changement fondamental de posture diplomatique et stratégique.

Le continent doit définitivement dépasser le piège du sentimentalisme. L’Afrique n’a pas d’alliés éternels, elle n’a que des intérêts prioritaires : la souveraineté économique, la création de valeur locale et la sécurité de ses populations. La neutralité affichée par de nombreuses nations africaines face aux grands blocs mondiaux ne doit plus être interprétée comme une indécision, mais comme l’affirmation d’un pragmatisme assumé.

À la jeunesse Africaine 

La jeunesse africaine ne doit plus être la variable d’ajustement des ambitions d’autrui, qu’il s’agisse des guerres de mémoire d’hier ou des conflits d’influence d’aujourd’hui. Les dirigeants africains, en plaçant l’industrialisation et l’emploi au cœur de leurs priorités, et en négociant leurs partenariats internationaux au plus haut prix, redonneront au continent les moyens d’offrir à sa jeunesse d’autres perspectives que l’enrôlement sous des drapeaux étrangers. C’est à cette seule condition que l’Afrique imposera le respect de son indépendance et de sa voix sur la scène internationale.

Simon Metsengue

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