Justice : l’âme d’Ozanne dit « ça suffit !

Justice : l’âme d’Ozanne dit « ça suffit !

La mort suspecte d’Essoe Moukoko Ozanne, 12 ans, retrouvée inconsciente au Collège De La Salle d’Akwa- Douala provoque la colère et l’incompréhension. Face au silence des caméras et à l’absence de réponses, parents et syndicats exigent une instruction criminelle exemplaire contre l’impunité.

Un cartable abandonné, des caméras de surveillance étrangement muettes et le silence pesant d’un couloir d’école. Le 18 septembre 2026, au prestigieux Collège De La Salle d’Akwa, le destin d’Essoe Moukoko Ozanne, fillette de 12 ans à peine, orpheline de mère et promise à un avenir brillant en classe de 5ᵉ, s’est effondré dans des circonstances traumatisantes et non encore élucidées. Retrouvée inconsciente dans l’enceinte même de son établissement, puis évacuée en urgence vers l’hôpital Laquintinie où son décès sera constaté, Ozanne est devenue la nouvelle incarnation d’une tragédie nationale : celle de l’enfance fauchée au vu et au su de tous, dans l’opacité la plus totale.

Devant les grilles de l’établissement, la colère des parents d’élèves n’est plus contenue. Entre sanglots et poings levés, la foule exige des réponses. Comment une enfant peut-elle subir un tel sort au sein d’un sanctuaire éducatif ? Pourquoi les dispositifs de vidéoprotection ont-ils brutalement failli au moment crucial ? Le Syndicat national autonome de l’enseignement secondaire (SNAES) est rapidement monté au créneau, réclamant non pas de simples vérifications d’usage, mais une véritable instruction criminelle, assortie d’un audit de la sécurité scolaire.

La mécanique du doute et le spectre de l’impunité

L’affaire Ozanne Moukoko n’est malheureusement pas une anomalie isolée : elle réactive un traumatisme collectif profondément enraciné. Du calvaire non encore élucidé du journaliste Martinez Zogo aux dizaines d’anonymes, fillettes et adolescentes retrouvées mutilées ou assassinées aux périphéries des métropoles, le constat est cinglant. Des mois, voire des années après les faits, les dossiers s’accumulent sur les bureaux des juges d’instruction sans que le moindre coupable ne soit présenté au peuple.

Au Cameroun, la lenteur judiciaire n’est plus perçue comme la marque d’une instruction méthodique, mais comme une stratégie de pourrissement. Ce culte du secret et ce tabou persistant autour des enquêtes criminelles érodent au quotidien le pacte social. Quand l’État échoue à protéger ses enfants dans leurs salles de classe et à désigner les bourreaux, le sentiment d’abandon prend le dessus. Comment une société a-t-elle pu se dégrader au point de naturaliser la mort suspecte d’une élève de 12 ans ?

L’impératif de justice

Face à ce naufrage moral, la réponse de l’appareil judiciaire ne peut plus se limiter à des communiqués laconiques ou à l’attente passive des rapports médico-légaux de Laquintinie. Les citoyens réclament un triptyque fondamental : célérité, transparence et indépendance

L’instruction sur le décès d’Ozanne Moukoko doit marquer un point de rupture. L’autorité judiciaire doit faire preuve d’une fermeté inflexible à l’égard des responsables, quels que soient leur rang, leur statut ou leurs appuis. Lever le voile sur la mort d’Ozanne n’est pas seulement une exigence pour consoler une famille brisée ; c’est le dernier rempart pour sauver ce qui reste de la confiance populaire dans la légalité républicaine.

Simon Metsengue

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