
Édito de l’ Action : Paroles d’argent et silence d’or !
Selon une tradition bien établie, une mission du Fonds monétaire international (Fmi) séjourne en ce moment dans notre pays pour la revue périodique du cadre macro-économique et budgétaire national.
A quelques semaines de la session parlementaire du mois de novembre consacrée à l’examen et au vote du budget de l’Etat et alors que la conjoncture internationale impacte profondément la situation économique et financière du pays, ces pérégrinations des experts des institutions de Bretton Woods sont scrutées avec attention par les Camerounais. Dans ce contexte, chaque parole venant des autorités en charge des questions économiques est pesée et soupesée au trébuchet, analysée et commentée, a fortiori lorsque l’auteur est le grand argentier national, c’est-à-dire le ministre des finances en personne.
La semaine dernière au cours d’une réunion interministérielle consacrée à la préparation du prochain budget, notamment les perspectives macroéconomiques, la situation des finances publiques, la soutenabilité de la dette, le ministre des Finances a pris la parole.
Peut-on empêcher un argentier de parler…cash, c’est-à-dire franchement, sans langue de bois et sans tabou ? Pour tirer la sonnette d’alarme et interpeller tous les acteurs et agents, le ministre a effectivement reconnu que le pays traverse une situation particulièrement difficile en ce qui concerne la contrainte liée à la liquidité. Il n’a jamais déclaré que « les caisses de l’Etat sont vides ». C’est pourtant cette petite phrase qui depuis quelques jours tourne en boucle dans les réseaux sociaux et fait l’objet des débats dans les émissions de télé et de radio.
Les observateurs avertis de la scène politique camerounaise ne seront pas surpris par ce sens et cet art raffinés du raccourci, de l’interprétation erronée et du travestissement tendancieux de la pensée d’autrui. Les Camerounais sont coutumiers du fait, du moins certains parmi eux. En 1988, Paul Biya avait déclaré que « le Cameroun n’ira pas au Fmi si les Camerounais se retroussent les manches… »
Le président avait pourtant poursuivi l’énumération d’autres conditions qui empêcheraient le Cameroun de recourir aux médications brutales et aveugles du Fmi.
Las ! Une bonne partie de l’opinion publique bien aidée en cela par des professionnels de la manipulation et de la désinformation a voulu faire passer le président Paul Biya pour quelqu’un qui ne tient pas parole.
Les caisses de l’Etat ne sont pas vides mais la situation financière mérite une attention particulière. Nuance. Peut-on reprocher à celui qui détient les cordons de la bourse de s’exprimer en « paroles sonnantes et trébuchantes » ? Faut-il continuer de faire la politique de l’autruche face à la réalité des chiffres ?
Chaque mois, il faut mobiliser 130 milliards pour payer les salaires ; 35 à 45 milliards pour soutenir Socadel, 15 milliards pour empêcher l’envolée des prix des carburants à la pompe ? Un tel effort titanesque doit être soutenu par tous les acteurs. Or, que constate-t-on ?
Les efforts des deux mamelles nourricières du ministère des Finances et de l’Etat que sont les impôts et la douane ont tendance à être entravés et annihilés par des contribuables véreux qui se recrutent aussi bien dans le secteur public que privé. Les cercles vertueux pour le redressement de l’économie camerounaise et de l’assainissement des finances publiques passe par un sens civique élevé et des pratiques citoyennes : tout le monde doit payer l’impôt et les taxes douanières. Le ministre des finances emploie volontiers un langage cash, sans fard et sans filtre pour éviter le krash de l’économie camerounaise. Tant pis pour ceux qui préfèrent aller au clash.
Le silence ne peut pas être d’or lorsque l’argent se fait rare. Toute parole susceptible de provoquer un électrochoc et de renflouer les caisses de l’Etat est à prendre pour argent comptant. Et tout le monde devrait être…content si cela se ressent dans le portefeuille et le panier de la ménagère !
Christophe Mien Zok/ Édito journal l’ Action N° 1589




