Médias privés : la précarité comme horizon indépassable ?

Médias privés : la précarité comme horizon indépassable ?

Le départ de Parfait Ayissi du groupe La Météo résonne comme une nouvelle onde de choc, mais surtout comme le révélateur d’un mal profond et lancinant. Au-delà du parcours individuel d’une figure bien connue du paysage médiatique national, cette actualité pose avec
acuité une question de fond : quelle carrière pour les journalistes des médias privés au Cameroun ? 

La réalité du terrain est sans appel. La quasi-totalité des entreprises de presse privées peine à offrir des perspectives professionnelles stables à leurs employés. Aujourd’hui encore, une majorité écrasante de journalistes perçoit une rémunération mensuelle inférieure à 100 000 FCFA. Plus grave encore, cette somme dérisoire reste soumise à des arriérés chroniques. Réduits à guetter les perdiems lors des couvertures médiatiques, beaucoup sombrent dans un paupérisme structurel. À cette précarité financière s’ajoutent des abus multiples : licenciements abusifs sans ménagement, intimidations, voire séquestrations. Dans les cas les plus tragiques, l’exercice de ce métier à haut risque s’est soldé par des pertes en vies humaines.

Cette clochardisation programmée a un impact direct et dévastateur sur la qualité du travail journalistique. Comment exiger rigueur, neutralité et investigation de professionnels préoccupés par leur survie quotidienne ? L’éthique s’émousse face aux contraintes alimentaires.

Certes, l’on peut pointer du doigt certains promoteurs privés dont le train de vie princier contraste vivement avec le dénuement de la cheville ouvrière de leurs rédactions. Mais rejeter l’entière responsabilité sur ces patrons de presse serait réducteur. Face à cette impasse, une issue s’impose progressivement à beaucoup : s’installer à leur propre compte et valoriser leur carnet d’adresses à travers la création de médias numériques, le conseil ou la production indépendante.

Cependant, le nœud du problème réside dans les déséquilibres structurels de l’écosystème médiatique. Comment comprendre que l’État laisse des chaînes de télévision locales débourser mensuellement plus de 3 millions de FCFA pour figurer sur les bouquets satellitaires privés, alors que ces mêmes contenus sont ensuite revendus aux ménages avec des abonnements allant de 5 000 à 30 000 FCFA ? Parallèlement, les médias privés subissent une concurrence déloyale face aux organes à capitaux publics, lesquels bénéficient déjà de la Redevance Audiovisuelle (RAV) tout en captant la majeure partie du marché publicitaire.

Pourtant, sous le Renouveau, le Cameroun a souscrit au libéralisme communautaire, un modèle économique prônant la liberté d’entreprendre, avec un État régulateur chargé de corriger les distorsions et de garantir la solidarité. Ce qui se déroule dans le secteur de la presse s’apparente désormais à une asphyxie progressive du secteur privé.

Les premières victimes restent les journalistes, suivis des promoteurs. Mais ce climat toxique a généré un effet boomerang pervers : le dénigrement systématique du Cameroun, de ses institutions et du RDPC — le parti au pouvoir —, qui subit lui-même ces tensions sur les plateaux de télévision et dans les colonnes des journaux. Dans un environnement aussi précaire et déséquilibré, peut-on décemment demander à ces professionnels de faire autrement ? Un office des médias privés devient indispensable pour défendre les intérêts de ces entreprises, sauver ce pan de l’économie et préserver la carrière des journalistes.

Simon Metsengue

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