Démocratie : quand le « modèle camerounais » inspire un monde en crise !

Démocratie : quand le « modèle camerounais » inspire un monde en crise !

Face aux impasses constitutionnelles qui guettent Paris ou Washington, le débat sur la limitation des mandats refait surface. L’occasion de relire le modèle camerounais non plus comme une exception, mais comme l’affirmation d’une souveraineté populaire affranchie des dogmes occidentaux.

Les limites de la rigidité constitutionnelle en Occident

« La vie est inventive, parfois plus que les films. » Cette déclaration d’Emmanuel Macron dans une interview accordée au magazine Variety fait l’effet d’une déflagration politique. Interrogé le 7 septembre dernier sur un possible retour à l’Élysée après l’échéance de 2027, le président français s’est voulu franc : « Je n’exclus rien. Il est assez inhabituel de revenir, mais nous verrons. La vie est intensive, parfois plus que les films»

Sans pouvoir briguer un troisième mandat consécutif, le chef de l’État français se sent contraint par les lois constitutionnelles de son pays, l’empêchant de soumettre à nouveau sa candidature à l’assentiment de son peuple. Une situation qui met en lumière les limites mécaniques du verrouillage des mandats dans des contextes géopolitiques mondiaux devenus profondément instables.

Ce cas de conscience n’est pas isolé. Aux États-Unis, le débat pointe déjà pour 2028 quant aux interprétations constitutionnelles autour de Donald Trump, qui pourrait, lui aussi, envisager de remettre son destin politique entre les mains des électeurs.

Le choix de la souveraineté populaire : le modèle camerounais

Face à cette rigidité institutionnelle occidentale, des pays africains, à l’instar du Cameroun, ont pris une tout autre trajectoire dès 2008.

En révisant sa Constitution de 1996 pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats, le Cameroun — sous l’impulsion de larges appels populaires et par la voie parlementaire — a fait le choix d’une démocratie dite « ouverte ». Ce modèle ne ferme la porte ni à l’alternance, ni à la continuité : il replace le peuple souverain comme seul et unique arbitre.

Si Emmanuel Macron évoluait dans le cadre institutionnel camerounais, il n’aurait pas à chercher de subterfuges ni à scruter des détours juridiques complexes : il remettrait simplement son bilan et sa candidature à l’assentiment souverain de ses concitoyens.

L’arroseur arrosé : quand l’Occident frôle l’impasse

Pendant des décennies, des « diplômés de la comparaison » et théoriciens des tropiques se sont vertement appliqués à vouloir copier-coller les modèles occidentaux, convaincus que l’herbe était systématiquement plus verte ailleurs. Ces experts de la transposition mécanique ont longtemps critiqué l’option souveraine du Cameroun, la qualifiant d’anomalie et oubliant que la dynamique des nations ne saurait se résumer à un simple exercice de mimétisme.

Aujourd’hui, le constat est saisissant : les donneurs de leçons d’hier se retrouvent confrontés aux impasses de leurs propres règles strictes et lorgnent des mécanismes de flexibilité politique proches de ceux expérimentés en Afrique. Un retour de bâton institutionnel capable de faire disjoncter la mémoire des adeptes du suivisme constitutionnel.

Assumer l’invention institutionnelle africaine

Il est temps pour l’Afrique d’assumer pleinement ses propres choix politiques, ses modèles et sa vision institutionnelle. Au lieu de s’obstiner à importer des schémas rigides ou dépassés, les nations africaines doivent valider leur droit à l’invention institutionnelle.

La légitimité démocratique ne réside pas dans la répétition aveugle de normes extérieures, mais dans la capacité d’un peuple libre à décider, à chaque échéance, de son propre destin.

Simon Metsengue

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