
CNC : Du sabre au bouclier !
Alors que le CNC multiplie les suspensions, les médias audiovisuels privés étouffent sous les coûts satellitaires et l’iniquité du marché publicitaire. Le temps ne serait-il pas venu de transformer le gendarme de l’information en un véritable Office national de protection des médias ?
Le 29 septembre 2026, le Conseil national de la communication (CNC) a pris la décision de suspendre la chaîne de télévision Vision 4 pour une durée d’un mois. Cette sanction découle de la diffusion, le 2 juin 2026, d’un reportage jugé attentatoire à la dignité de Me Félicité Esther Zeifman, qui avait saisi le Conseil de l’Ordre des avocats. Au-delà de cette fermeture temporaire de l’antenne, le régulateur a également frappé individuellement deux figures de la chaîne : Martial Owona, dont la suspension est passée de trois à six mois en raison de la non-exécution de sa peine initiale, et Boney Philippe, suspendu pour un mois à la suite de propos jugés non conformes tenus dans le cadre de l’émission *Club d’Élite.
Une régulation nécessaire, mais un rôle incomplet
Nul ne saurait contester l’utilité de la régulation. Elle demeure indispensable pour contenir les dérives déontologiques, empêcher la violation de l’État de droit et prévenir le dénigrement systématique de l’image du Cameroun. Toutefois, le silence récurrent du CNC face à d’autres écarts constatés sur les antennes ne manque pas de susciter des interrogations. Ces réserves mettent en lumière une question fondamentale : quelle doit être la mission profonde de l’organe de régulation ? Aujourd’hui, le CNC ne peut plus se cantonner à un rôle exclusivement punitif en ignorant les vulnérabilités structurelles qui fragilisent les médias privés.
Radiographie d’une asphyxie économique
Pour comprendre le contexte dans lequel surviennent ces dérives, il convient d’observer l’écosystème économique dans lequel évoluent ces chaînes. Cet environnement se caractérise par une double contrainte :
- Une concurrence déloyale sur le marché national : Alors que les médias publics bénéficient du monopole de la redevance audiovisuelle, ils continuent parallèlement de capturer une part substantielle du marché publicitaire commercial.
- Une pression financière exercée par les diffuseurs internationaux : À cette iniquité s’ajoute l’impuissance des pouvoirs publics face aux exigences des diffuseurs satellitaires privés internationaux. Chaque chaîne locale se voit contrainte de verser d’exorbitantes redevances — s’élevant au bas mot à 3 millions de FCFA par mois —, pour que ces mêmes bouquets puissent ensuite revendre leurs contenus aux ménages à des tarifs élevés.
Fragilisés sur le plan financier, les médias privés deviennent vulnérables aux influences extérieures et s’exposent au risque d’être instrumentalisés par des courants politiques ou des groupes d’intérêts engagés dans des luttes d’influence.
Pour un changement de paradigme : du régulateur au partenaire
Pourtant, ces médias accomplissent une mission d’intérêt public essentielle pour l’information et l’éducation citoyenne. Faute de plaider leur cause et de défendre leurs intérêts stratégiques auprès des pouvoirs publics, le CNC agit davantage comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur avenir que comme un garant de leur pérennité.
S’il demeure incontestable qu’aucun média ne doit porter atteinte à l’État de droit, à l’image du pays ou à la vie privée des citoyens, il apparaît aujourd’hui impératif d’engager une réforme en profondeur de l’instance de régulation. Il s’agirait de faire évoluer le Conseil national de la communication vers un Office national des médias privés. Une telle institution abandonnerait la logique exclusivement punitive pour devenir un véritable partenaire du développement démocratique et économique du Cameroun.
Simon Metsengue
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