Cameroun : l’ Or s’ envole , le pays s’ endette !

Cameroun : l’ Or s’ envole , le pays s’ endette !

Le Cameroun offre un saisissant contraste : assis sur un sous-sol immensément riche, le pays peine à boucler ses budgets tandis que des tonnes d’or s’évaporent vers Dubaï, Kampala ou Kigali. Une hémorragie financière qui rappelle les heures sombres du pétrole et met à l’épreuve la jeune Sonamines.

« Un pays pauvre mais assis sur une chaise en or. » La formule, souvent répétée pour qualifier le Cameroun, n’a jamais résonné avec autant d’acuité. Alors que Yaoundé multiplie les tractations diplomatiques et financières pour décrocher un prêt vital de 1 000 milliards de FCFA sur trois ans, avec le FMI, une autre réalité, invisible pour le Trésor public mais béante dans les statistiques internationales, se joue dans les méandres de l’artisanat minier : l’or camerounais fuit par tous les pores de ses frontières.

Le gouffre statistique : des milliards en douce

Le contraste entre ce que le Cameroun déclare produire et ce que ses partenaires déclarent importer donne le vertige. Selon les données des douanes locales, l’année 2023 s’est soldée par une déclaration officielle dérisoire de 22,31 kilogrammes d’or exporté. Pourtant, à l’autre bout de la chaîne, les hubs mondiaux et régionaux affichent des chiffres mirobolants. Les Émirats arabes unis et l’Ouganda ont ainsi acté l’importation de près de 15,2 tonnes de métal jaune en provenance directe du territoire camerounais pour cette même année.

La saignée s’est poursuivie en 2024 et 2025. L’Ouganda a enregistré plus de 3,1 tonnes d’or camerounais, tandis que le Rwanda s’imposait comme une destination phare avec plusieurs tonnes déclarées (portant les flux combinés des deux pays voisins à plus de 5,1 tonnes pour la seule année 2025, soit une valeur frôlant les 281 milliards de FCFA). Résultat : des cargaisons entières quittent le pays sans qu’aucun mouvement de caisse ne vienne renflouer les caisses publiques. Un manque à gagner fiscal monumental pour un État en quête permanente de liquidités.

Le spectre du pétrole et la leçon du Renouveau

Cette opacité chronique n’est pas sans rappeler les premières heures de l’exploitation pétrolière au Cameroun. Jadis englué dans des circuits financiers obscurs et des comptes hors-bilan, le secteur des hydrocarbures a dû subir une refonte structurelle profonde.

Sous l’impulsion du Renouveau, la rigueur et la transparence progressives imposées dans la gestion pétrolière ont permis d’assainir les flux. Le pétrole est ainsi devenu un coussin budgétaire stratégique, contribuant parfois à hauteur de plus de 11 % aux recettes de l’État. C’est précisément cette mue salutaire qu’il urge d’appliquer aujourd’hui à l’or et aux minerais solides.

La Sonamines au pied du mur

Conscient de ce défi existentiel, le Président Paul Biya a créé en 2023 la Société nationale des mines (Sonamines), chargée de structurer l’orpaillage, d’encadrer les exploitants et de sécuriser la chaîne d’approvisionnement, notamment à travers l’amorce de stocks stratégiques.

Mais l’urgence commande d’aller plus vite et plus fort. Face aux réseaux bien huilés de la contrebande connectés à Kampala, Kigali et Dubaï, la Sonamines doit rapidement passer à la vitesse supérieure. Le déploiement de contrôles rigoureux sur les sites d’extraction et la traçabilité stricte des exportations sont les conditions sine qua non pour stopper cette hémorragie. Pour que la chaise en or ne soit plus le symbole d’une illusion, mais le socle de la souveraineté financière du Cameroun.

Simon Metsengue

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