Politique : L’âge du pouvoir!

Politique : L’âge du pouvoir!

Lula Da Silva a été réélu pour un 4e mandat au Brésil ce dimanche à l’âge de 80 ans. Qu’est-ce qui justifie la présence des vieux à la tête de la plupart des pays du monde ?

Alors que le monde contemporain voue un culte quasi obsessionnel à la jeunesse et à l’immédiateté, la scène politique internationale offre un spectacle bien différent. La réélection récente de Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil en est le symbole éclatant. À 80 ans, le leader de la gauche a réussi l’exploit de renverser la vapeur face à Flávio Bolsonaro, pourtant en tête au premier tour. En décrochant un quatrième mandat à la tête de la première puissance d’Amérique latine, Lula prouve une fois de plus que l’art de gouverner ne s’improvise pas : il se bonifie avec le temps.

L’expérience face aux crises mondiales

La gestion de l’État est un exercice fastidieux, traversé de crises imprévisibles, de tensions géopolitiques et de compromis complexes. Face à ces épreuves, la fougue de la jeunesse s’avère souvent vulnérable face au pragmatisme et à la tempérance que seule confère l’expérience. Les dirigeants âgés possèdent une mémoire institutionnelle inégalable et une résilience forgée au fil des décennies. Là où un jeune dirigeant peut céder à la réactivité impulsive dictée par l’urgence numérique, le leader chevronné applique la mesure, le recul stratégique et la maîtrise des réseaux d’influence. La politique n’est pas un sprint, c’est un marathon de patience.

Une tendance planétaire

Ce choix de la maturité n’est d’ailleurs pas une exception brésilienne ; il s’observe sur tous les continents.

En Amérique du Nord, les États-Unis ont consécutivement placé leur confiance dans des septuagénaires et octogénaires à la Maison-Blanche, estimant que le pilotage de la première armée et de la première économie mondiale exigeait une poigne aguerrie.
* **En Asie**, la tradition du respect des aînés s’incarne au plus haut sommet de l’État, où la stabilité des grandes puissances repose sur des figures centrales aguerries par des décennies de vie publique.
* **En Europe**, si des figures plus jeunes émergent ponctuellement, les coalitions stratégiques et les grandes institutions continentales restent très largement guidées par la maturité des vétérans du sérail politique.

Le regard de l’Afrique et du Cameroun

L’Afrique ne fait pas exception à ce paysage mondial, et le **Cameroun** en offre une illustration parlante. Alors que le débat sur le renouvellement générationnel anime les opinions publiques du continent, il est crucial d’interroger les préjugés. L’Afrique doit cesser d’entretenir la stigmatisation de la vieillesse et cesser d’assimiler l’âge à un handicap politique.

Dans la tradition africaine, le vieillard est le gardien de la coutume, l’arbre sous lequel on palabre pour trouver la paix. Transposée à la gouvernance moderne, cette sagesse constitue une richesse inestimable. Opposer systématiquement jeunesse et vieillesse est un faux débat : la jeunesse apporte la vision et l’énergie, mais le grand âge offre la stabilité, la cohésion nationale et l’apaisement indispensables aux moments charnières de l’Histoire. Loin d’être une anomalie, le choix de dirigeants d’expérience est une stratégie globale de préservation des États.

Simon Metsengue

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