INTERVIEW du Pr Manassé Aboya Endong, Professeur titulaire de Science politique, doyen de la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université d’Ebolowa.

*Thème : Renouveau, 44 ans après !*

Quarante-quatre ans après son avènement au pouvoir, le Renouveau peut compter sur plusieurs acquis. Parmi ceux-ci, on compte l’ouverture démocratique, avec le retour au multipartisme politique, ainsi que plusieurs réformes institutionnelles… Comment appréciez-vous ces chantiers ?

Le Renouveau, programme politique du président Paul Biya, a transformé non seulement le paysage politique camerounais, mais aussi la société camerounaise sur plusieurs plans. Il s’agit de 44 ans de transformation et de transfiguration sociopolitique qui ont fait du Cameroun une destination économique sûre pour les investisseurs.

En effet, conformément aux principes énoncés dans l’ouvrage « Pour le libéralisme communautaire », le président Paul Biya s’est engagé fermement dans une voie d’ouverture politique, adoptant un paradigme de démocratie apaisée. Ce modèle de libéralisation politique a permis de démocratiser et de libéraliser de manière permanente la sphère politique. Le président Paul Biya a ainsi souhaité que chacun puisse s’exprimer librement sans avoir besoin de se cacher dans la clandestinité. Cette volonté politique se traduit aujourd’hui par une pluralité d’organes de presse écrite, de multiples chaînes de radio et de télévision dont les lignes éditoriales sont divergentes. Cela démontre que l’homme du 6 novembre a fait du Cameroun un pays respectueux de la liberté d’expression. Les lois de 1990 sur la liberté d’association (Loi n° 90/053 du 19 décembre 1990), sur la communication sociale (Loi n° 90/052 du 19 décembre 1990) et sur le multipartisme (Loi n° 90/056 du 19 décembre 1990) représentent l’aboutissement et la concrétisation de la détermination du président à libéraliser la vie politique. Elles sont la graine d’une politique de réforme de l’État pour laquelle il n’a épargné aucun effort. La réalisation de ce projet de rénovation des institutions, en particulier grâce à l’institutionnalisation, à la mise en œuvre et au fonctionnement du Sénat, du Conseil constitutionnel, des régions et d’autres institutions, témoigne clairement de cette politique d’ouverture. Aucun domaine n’a été laissé de côté. Cette démarche favorise activement la diversification des partenaires commerciaux à l’échelle internationale, ce qui stimule l’économie camerounaise. De plus, on observe une poursuite de la libéralisation de l’économie camerounaise. On peut donc conclure, en se fondant sur des preuves solides, que le président Paul Biya a consacré ses 44 ans de règne suprême à la modernisation de l’État camerounais dans des circonstances souvent ardues. C’est le moins qu’on puisse dire.

 

En ce qui a trait aux réformes institutionnelles, le président de la République a, au fil des mandats, mis en œuvre plusieurs révisions constitutionnelles : 1996, 2008 et 2026. Ces réformes ont entraîné la création de nouvelles entités. Quelle évaluation faites-vous du fonctionnement de ces entités ?

La loi constitutionnelle n° 96/06 du 18 janvier 1996, portant révision de la Constitution du 2 juin 1972, a consacré la constitutionnalisation de nouvelles institutions représentatives, parmi lesquelles le sénat, le Conseil constitutionnel, les régions notamment. Toutefois, la mise en place de ces institutions a été entravée par des conditions économiques défavorables. Malgré cela, la détermination du président Paul Biya était inébranlable. Il a décidé de poursuivre la modernisation de l’État en donnant vie à ces institutions jusque-là endormies.

Aujourd’hui, elles sont essentielles pour animer et dynamiser la vie démocratique au Cameroun. Le Sénat gagne ainsi en influence en participant activement au processus législatif et en exerçant un contrôle sur l’action gouvernementale. En ce qui concerne le Conseil constitutionnel, il a acquired une expérience et une maturité remarquables en matière électorale, comme en témoigne son excellent bilan dans la garantie de l’intégrité des deux dernières élections présidentielles, celles des 7 octobre 2018 et 12 octobre 2025.

Au fil du temps, les régions démontrent avec beaucoup d’aisance leur habileté à animer la démocratie locale. Leur apport est considérable dans l’accélération de la décentralisation, ce qui permet aux citoyens de s’impliquer dans la gestion locale. Grâce à son approche méthodique, le président Paul Biya a su insuffler une impulsion qui permet de mesurer avec justesse l’évolution et le cheminement du modèle camerounais de modernisation de l’État. Il est manifeste que la récente réintroduction du poste de vice-président de la République a consolidé l’option d’un leadership présidentiel durable et stable dans la réforme de l’État camerounais.

 

En arrivant au pouvoir il y a 44 ans, l’homme du Renouveau avait fondé son magistère sur la « Rigueur et la moralisation ». Est-ce que cette idéologie politique est toujours pertinente aujourd’hui ? Quel bilan peut-on en tirer ?

La protection de la fortune publique est une priorité absolue pour le Renouveau. C’est pour cette raison que la rigueur et la moralisation ont émergé comme des emblèmes du renouveau. Il s’agit d’une démarche visant à promouvoir l’intégrité dans la gestion des affaires publiques. Le slogan « rigueur et moralisation » est une exhortation, une promesse et un plaidoyer pour l’éthique dans la gestion des affaires publiques. Le président Paul Biya, dans « Pour le libéralisme communautaire » — son livre-programme —, énonce ce plaidoyer comme une condition sine qua non du développement. Il ne pourrait en vérité en être autrement, car la bonne gouvernance est l’élément déclencheur du développement. Pour promouvoir l’éthique et l’intégrité en matière de gouvernance publique, le slogan « rigueur et moralisation » a rencontré de nombreux obstacles, ce qui a entravé sa mise en œuvre efficace. Cependant, il reste crucial de continuer à encourager une gouvernance axée sur « la rigueur et la moralisation ». C’est l’un des piliers du renouveau. Pour sa part, le président a toujours maintenu sa pédagogie sur la moralisation de la gestion publique. Cela témoigne de son dévouement à lutter contre toute forme d’immoralité dans le secteur public et à préserver sans relâche les ressources financières nationales contre la corruption, les délits économiques et le détournement de fonds. En réalité, la « rigueur et la moralisation » sont bien plus que de simples slogans d’hier. Ce sont des principes fondamentaux pour la gouvernance du président Paul Biya au Cameroun, aujourd’hui et demain. Ces principes ont servi de base à l’édification de l’État de droit et au renforcement de la démocratie dans ce pays au cours des 44 dernières années. Il ne fait aucun doute que c’est grâce à cette rigueur que notre nation a su surmonter les difficultés économiques et sanitaires les plus difficiles avec résilience. En outre, l’éthique républicaine gagne peu à peu en importance dans la conscience citoyenne, contribuant ainsi à l’amélioration de la moralité de notre société. Bien que les mentalités évoluent lentement et montrent une certaine résistance au changement, les institutions camerounaises de lutte contre la corruption et de protection de la richesse nationale, telles que la CONAC, le CONSUPE et la Chambre des comptes, démontrent que cette boussole reste plus que jamais active et dévouée au Cameroun.

 

Plus que par le passé, le président de la République, Paul Biya, a fait de la bonne gouvernance, ces dernières années, l’un de ses chevaux de bataille, avec un point d’honneur sur la lutte contre la corruption. Mais, il s’avère que cet aspect est encore le ventre mou du Renouveau. Pourquoi ?

Toute proposition politique ou tout projet de réforme suscite généralement des résistances. Le Renouveau, programme politique du président Paul Biya, est une démarche axée sur le changement. Pour cela, elle s’appuie sur un certain nombre de piliers, notamment la « rigueur et la moralisation » des pratiques publiques. Cette profonde transformation de perspective rencontre une forte résistance, ce qui éprouve sérieusement toute tentative de systématisation de la lutte contre l’immoralité publique. Cette variable explicative met en lumière les raisons pour lesquelles l’efficacité dissuasive des sanctions imposées aux dirigeants corrompus de la fortune publique et des pratiques alternatives de corruption demeure une préoccupation majeure. De plus, la lutte contre la corruption n’est pas encore perçue comme une affaire qui concerne tout le monde, ce qui est alarmant. Il serait imprudent de la laisser entre les mains du seul président de la République. Il est plutôt essentiel de souligner le courage politique du chef de l’État, qui a osé défier les tabous en élevant la lutte contre la corruption au rang de priorité absolue, en organisant des opérations d’envergure de lutte, telles que « l’Opération Épervier ». Ceux qui perçoivent cela comme le « ventre-mou » du Renouveau sous-estiment la complexité du conflit civilisationnel actuel opposant des valeurs profondément ancrées dans la bureaucratie mondiale et locale. Malgré cela, le président Paul Biya ne ménage pas ses efforts pour poursuivre ce combat. Il est donc manifeste que la persistance de ce phénomène ne résulte pas d’un manque de volonté politique, mais de la nécessité d’une profonde transformation culturelle. C’est pour cette raison que l’administration s’appuie désormais sur la prévention, la numérisation des procédures administratives et l’éducation civique pour éliminer ce fléau à sa source.

Il y a un défi majeur pour le président de la République actuellement : l’atteinte de l’émergence en 2035. Comment y parvenir dans le contexte actuel ?

L’émergence à l’horizon 2035, chère au Président de la République, représente une vision programmatique nette, axée sur la Stratégie nationale de Développement (SND30). Pour réaliser cet objectif dans la situation actuelle, le Cameroun s’appuie sur trois moteurs clés : la politique de substitution des importations, qui vise à produire ce que nous consommons et à consommer ce que nous produisons pour réduire notre dépendance extérieure ; l’industrialisation et la transformation locale de nos ressources naturelles agricoles et minières ; et le capital humain, qui devra fournir à notre jeunesse une formation professionnelle et technique adaptée aux défis de l’économie numérique et de l’innovation. Cela signifie qu’il est possible d’atteindre l’émergence en 2035. Pour y parvenir, il faudra mener des politiques visant à remobiliser la population autour de cette cause commune. Il s’agira de transformer cet objectif en une question prioritaire pour une alliance sacrée durable, permanente et populaire : l’émergence en 2035. Il faudra en faire une affaire de tous, sans exception. Le dévouement du peuple pour cette cause doit empêcher un gaspillage excessif d’énergie dans des causes préjudiciables à l’image de l’État du Cameroun. En d’autres termes, l’engagement total des citoyens, des dirigeants politiques, économiques et intellectuels, ainsi que de toute autre élite, est essentiel pour le succès de cette démarche. Ils doivent impérativement s’abstenir de tout comportement susceptible de compromettre son succès. Par conséquent, dans la situation actuelle, il est très souhaitable que le peuple s’approprie l’idée de l’émergence en 2035 pour donner vie à la vision du président.

Malgré la main tendue du chef de l’État aux compatriotes, le pays reste confronté à de nombreux défis sécuritaires dans les régions de l’Extrême-Nord, du nord-ouest et du sud-ouest. Selon vous, que faut-il faire pour définitivement ramener la paix dans ces régions ?

En réponse aux troubles sécuritaires alimentés par des groupes réactionnaires et des radicaux, la position constante du président Paul Biya a été d’équilibrer la fermeté ou la rigueur républicaines pour défendre les citoyens et la main tendue en faveur de l’apaisement et de la conciliation. En parallèle avec ce cadre de maturation d’une paix durable, il faut poursuivre l’effort de pacification mené avec bravoure par nos forces de défense et de sécurité, consolider les acquis du « Grand dialogue national », qui a permis de doter les régions anglophones d’un statut spécial garantissant leur autonomie de gestion et la prise en compte de leurs spécificités culturelles, et accélérer les projets de développement socioéconomique dans ces zones pour couper l’herbe sous le pied des marchands de la division et de la haine. De plus, il est impossible d’envisager un retour à la paix dans les régions de l’Extrême-Nord, du nord-ouest et du sud-ouest sans une contribution déterminée de la population. La défense populaire institutionnalisée en tant que mécanisme de lutte contre l’insécurité doit être mise en œuvre avec détermination. Les défis de sécurité de cette envergure ne peuvent être surmontés qu’avec l’engagement et la collaboration des communautés locales. Le président de la République, véritable « mendiant de la paix », a incité les autorités à agir. Des projets spéciaux de reconstruction ont été lancés et le dialogue a été favorisé. D’autres initiatives gouvernementales, initiées par le chef de l’État, ont été mises en œuvre. Les populations doivent jouer leur partition à fond pour soutenir ces initiatives salutaires et se mobiliser pour qu’une paix durable soit possible dans ces régions menacées par un retard de développement à cause des crises sécuritaires.

Au plan diplomatique, l’État, sous l’impulsion du chef de l’État, a diversifié et multiplié ses partenaires. Quelle est la plus-value d’une telle option pour le pays ?

Le président de la République a effectivement misé sur la diversification de ses partenaires. Il a même affirmé urbi et orbi que « le Cameroun n’est la chasse gardée de personne ». Cette posture du président renforce les principes sacrés de la diplomatie camerounaise, qui est guidée par l’indépendance et le pragmatisme. Cette politique étrangère est de facto et de jure le domaine réservé du président. En adoptant effectivement une approche d’ouverture multilatérale, on peut attirer des investissements directs étrangers (IDE) variés, tirer parti de transferts de technologies de pointe et stimuler les infrastructures clés (routes, barrages hydroélectriques, ports). Il s’agit ainsi d’une diplomatie centrée sur le développement et orientée vers le bien-être des Camerounais. La plus-value de cette politique de diversification des partenaires est donc la multiplication des opportunités d’échange et de commerce. Selon le principe de l’économie d’affection, « la diversification paie ». Par conséquent, en diversifiant ses partenaires, l’État camerounais gagne en flexibilité pour négocier, attirer des investisseurs et susciter l’intérêt des partenaires au développement, et renforce ainsi sa position pour assurer la sécurité collective (common help).

Source :CT

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