Cameroun : Rupture

Cameroun : Rupture

Le président camerounais Paul Biya a officialisé, via son compte X, un processus de rupture avec le colonialisme engagé depuis des décennies. Décryptage.

« Notre action constante a consisté et consiste à surmonter les divisions artificielles créées par la colonisation, à transcender le passé colonial pour construire et consolider avec les Camerounais et pour les Camerounais, un Cameroun debout et jaloux de sa liberté »déclare Paul Biya.

Le message est désormais clair : le Cameroun entend rester maître de son destin. C’est cette interprétation que l’opinion publique retient de la publication du chef de l’État sur son réseau social. Une prise de parole remarquée, tant Paul Biya s’est toujours montré discret sur les questions liées au colonialisme et à ses héritages, privilégiant l’action discrète aux déclarations fracassantes.

Un désengagement progressif
En 2022, lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron, le président français déplorait déjà la chute des parts de marché françaises au Cameroun : de 50 % en 1982, elles étaient tombées à 9,6 %, au profit d’une diversification des partenariats. Sans tambour ni trompette, le pays a réduit sa dépendance économique à la France en quatre décennies.

Les trois phases du « magistère Biya »

  1. Libération de la pensée politique (dès 1990)
    Transition vers une démocratie pluraliste, matérialisée par l’adoption du multipartisme. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) a servi de laboratoire à cette réforme.
  2. Souveraineté sécuritaire (2001-2009)
    Après l’échec des accords de défense coloniaux lors du conflit de Bakassi (2001), Paul Biya engage une modernisation des forces armées et rompt avec les pactes hérités de la colonisation en 2009. La coopération militaire avec la Russie (2015), renouvelée en 2021, illustre cette nouvelle approche multilatérale, notamment dans la lutte contre Boko Haram.
  3. Souveraineté économique (depuis 1987)
    Inspirée par l’ouvrage Pour le libéralisme communautaire, cette phase vise à faire du Cameroun un « pays industrialisé » d’ici 2032. Le pays a diversifié ses partenariats économiques, multipliant son PIB par sept en 40 ans. Reste le symbole monétaire du colonialisme : le FCFA. Paul Biya prépare en sous-main une transition vers une monnaie régionale au sein de la CEEAC, avec un taux d’avancement des réformes évalué à 55,3 % en 2023.

Un projet panafricain
Porté à l’unanimité par les 11 États membres de la CEEAC comme « Président dédié à la Rationalisation », Biya pilote la création d’institutions communes (Parlement, Cour de justice, Haute Autorité Monétaire). Objectif : achever d’ici 2032 la fusion CEMAC-CEEAC, actant la fin de la tutelle française.

Conclusion
La « rupture » évoquée par Paul Biya n’est pas un coup d’éclat, mais l’aboutissement d’une stratégie patiente. Reste à savoir si ce projet survivra à son concepteur – au pouvoir depuis 1982 – et s’il parviendra à concilier souveraineté et développement inclusif.

Simon Metsengue

 

CATEGORIES
TAGS
Share This

COMMENTS

Wordpress (0)
Disqus (0 )
error: Content is protected !!
%d bloggers like this: