Former pour gouverner : l’impérieuse nécessité de la formation des élus du Rdpc face à la crise du « Pli fermé »

Former pour gouverner : l’impérieuse nécessité de la formation des élus du Rdpc face à la crise du « Pli fermé »


 Le récent épisode de rejet du « Pli fermé » par certains élus régionaux du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) dans le Sud et l’Est, a jeté une lumière crue sur une faille systémique du Parti. Au-delà des analyses ponctuelles, cet événement révèle un déficit fondamental : l’absence d’une culture de formation politique continue et contraignante pour les militants investis par le parti. Avant de songer à sanctionner, le RDPC doit impérativement s’adapter à l’évolution du temps en profondeur pour former, informer et responsabiliser ceux qui portent ses couleurs.
Généraliser la formation : un impératif pour tous les militants investis
Le phénomène de dissidence observé ne saurait être traité comme un simple accident de parcours. Il met en exergue une problématique réelle au sein du parti : l’investiture électorale ne peut et ne doit plus être découplée d’un processus exigeant de formation politique. Cette exigence doit s’appliquer à tous les niveaux – régional, municipal, législatif – et à tous les militants choisis pour représenter le « flambeau ardent ».
La période de deux semaines entre les élections et l’installation des exécutifs, prévue par la loi, doit être transformée en une « académie d’urgence » obligatoire. Son objectif : rappeler inlassablement les fondements doctrinaux, les mécanismes de discipline et les finalités collectives qui doivent guider l’action de tout élu RDPC. Un militant investi est un ambassadeur du Projet de société du président Paul Biya ; à ce titre, il doit en maîtriser les principes avant d’en exercer les mandats.
Le fondement statutaire : une doctrine claire mais mal inculquée
Les statuts du RDPC sont pourtant sans ambiguïté. Ils établissent un cadre rigoureux de loyauté et de contrôle qui rend incompréhensible la moindre déviance, si ce n’est par l’ignorance de ces textes par ceux-là mêmes qui sont censés les appliquer.
L’Article 8.1 définit clairement l’adhésion : « Est militant du RDPC, toute personne […] qui en accepte les statuts, le règlement intérieur, le programme et la discipline. » Accepter la discipline est la condition première de l’investiture.
L’Article 9 sur les devoirs du militant est explicite : il doit « respecter et faire respecter les dispositions des statuts et du règlement intérieur » et « se conformer aux décisions des instances du parti ». Ces devoirs ne sont pas négociables une fois l’investiture obtenue.
L’Article 59, au cœur de la crise, confirme que « Le contrôle politique des élus du parti à différents niveaux relève du Comité Central ». Le « Pli fermé » n’est pas une option mais la traduction pratique de cet article. Comment des élus peuvent-ils rejeter un principe qui est la colonne vertébrale de leur lien à leur parti ? La réponse est simple : par manque de connaissance intime de ces textes fondateurs.
L’Article 60 précise que les parlementaires du parti « ont l’obligation de conformer leurs votes aux décisions du groupe parlementaire prise en concertation avec les instances dirigeantes du parti. » Ce principe, étendu à tous les élus locaux, constitue l’essence même de la discipline républicaine du RDPC.
Cette doctrine statutaire est limpide. Son rejet par certains élus est donc moins un acte de rebellion consciente que le symptôme d’un échec pédagogique majeur des instances chargées de la formation.
La Commission de discipline ad hoc : une mauvaise méthode qui aggrave la crise
Face aux écarts constatés, la tentation est forte de créer dans l’urgence une Commission de discipline ad hoc pour « remettre de l’ordre » et sanctionner les récalcitrants. Cette méthode est non seulement inefficace, mais contre-productive.
Punir avant d’informer et de former, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Cela revient à traiter la conséquence (la déviance) en ignorant la cause (l’ignorance ou a1l’incompréhension des règles). Une telle approche :
Crée un climat de peur et de ressentiment parmi les élus, nuisant à la cohésion interne.
Donne l’image d’un parti autoritaire et sourd, préférant la répression à la pédagogie.
Ne résout pas le problème de fond : un élu sanctionné mais non formé restera un élu inadapté aux exigences du parti. Le risque de récidive ou de dissidence larvée demeure.
Le vrai travail doit se faire en amont. La première « sanction » pour un militant qui aspire à l’investiture doit être l’obligation de suivre et de valider une formation approfondie. C’est à ce prix que la discipline deviendra une adhésion éclairée et non une contrainte aveugle.
Conclusion : Refonder la pédagogie pour sauver le projet collectif
La crise du « Pli fermé » est une opportunité historique pour le RDPC. Elle l’oblige à dépasser le modèle du simple contrôle a posteriori pour bâtir un système de formation continue, crédible et obligatoire.
Le Secrétariat à la Formation Politique et l’Académie du Parti doivent être revitalisés et dotés des moyens d’une mission renouvelée : forger des élus qui comprennent, adhèrent et défendent le projet du parti par conviction et par connaissance, et non par simple soumission.
L’image et la réputation du RDPC, ainsi que la cohérence de l’action gouvernementale, se jouent désormais sur ce terrain de la formation. À l’aube des prochaines échéances municipales et législatives, le message doit être clair : au RDPC, on ne gouverne pas sans avoir été formé. Investir dans la formation des élus, c’est investir dans la pérennité et la crédibilité du « flambeau ardent » lui-même. Le temps de la seule discipline corrective est révolu ; place à l’ère de la discipline et préventive.

Descartes Akono ze

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