Vice – Président : “un mécanisme de succession spécifique s’avère approprié pour faire face à un paysage politique complexe.”

Vice – Président : “un mécanisme de succession spécifique s’avère approprié pour faire face à un paysage politique complexe.”

Interview du
Pr Manassé ABOYA ENDONG Manassé
Enseignant de Science politique et Directeur Exécutif du Groupe de recherches sur le parlementarisme et la démocratie en Afrique (GREPDA)

 

1. La première session ordinaire de l’année législative 2026 s’est terminée mercredi dernier. Quel bilan dressez-vous des travaux accomplis ?

Globalement, la première session ordinaire de l’année législative 2026, qui vient de se terminer, a été caractérisée par un rythme soutenu des travaux des parlementaires, qui devaient élire les bureaux définitifs de l’Assemblée nationale et du Sénat, à la suite des bureaux d’âge qui ont présidé l’ouverture des travaux. Cette étape est essentielle, car elle influence l’ensemble du processus législatif, de l’examen des projets de loi à leur adoption en passant par le contrôle de l’action gouvernementale. Grâce à la direction de Théodore Datouo, président de l’Assemblée nationale et du bureau du Congrès, cette phase a même donné lieu à une convocation inattendue du Parlement réuni en Congrès. En d’autres termes, les travaux de cette première session ordinaire de l’année 2026 se sont déroulés à un rythme parlementaire soutenu et fructueux.

2. L’un des moments clés de ces travaux a été l’organisation d’une convention constitutionnelle visant à créer un poste de vice-président. Au plan politique, qu’est-ce que ce nouvel acteur peut apporter à la conduite des affaires de l’État ?

L’instauration d’un poste de vice-président grâce à une modification de la constitution s’inscrit dans une série de réformes qui ont façonné la gouvernance camerounaise depuis plusieurs décennies. Cette modification politique met en évidence la détermination du pouvoir exécutif à réécrire certaines règles du jeu. Sur le plan juridique, rien n’empêche le chef de l’État et le Parlement, les seuls détenteurs de cette prérogative, de proposer une nouvelle structure constitutionnelle garantissant la stabilité institutionnelle en instaurant, comme c’est le cas, un vice-président. De surcroît, sur le continent africain, où l’instabilité politique est souvent chronique, l’établissement d’une vice-présidence, à l’instar de ce qui s’est déjà produit sous d’autres latitudes, offre une opportunité d’innover et de sélectionner un système constitutionnel garantissant la stabilité institutionnelle. En effet, dans ce contexte précis, un mécanisme de succession spécifique s’avère approprié pour faire face à un paysage politique complexe. Le but étant d’assurer la continuité de la fonction présidentielle, ainsi que celle de l’État et d’éviter dans un avenir plus ou moins lointain une crise liée à la vacance du pouvoir.

3. Selon certains, les députés et parlementaires ont échoué à remplir leur rôle en approuvant ce projet de loi. En effet, le vice-président, selon la Constitution révisée, sera nommé plutôt qu’élu. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

Ce débat se concentre davantage sur la forme que sur le fond. L’aspect le plus crucial est de trouver une solution efficace au problème à résoudre : la désignation d’un vice-président, qu’il soit élu ou nommé. En effet, il est essentiel de maintenir un ordre constitutionnel stable en cas de scénario redouté à la tête de l’État. De plus, au-delà de la déconcentration des pouvoirs, l’instauration d’une vice-présidence, permet également d’éviter les élections coûteuses au cours d’un mandat. Les élections ou les réélections peuvent devenir encore plus coûteuses dans certains pays en raison de désordres pouvant survenir avant ou après le scrutin. Quel que soit le pays, la stabilisation de ses institutions démocratiques est une priorité absolue pour assurer son développement. C’est l’un des objectifs clés de la récente réforme constitutionnelle.

4. L’autre fait majeur a été le renouvellement des chefs de Chambres. Comment comprendre les changements intervenus en plein mandat au Sénat et à l’Assemblée nationale ?

Le renouvellement des dirigeants des chambres est intervenu peu de temps après l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 et le discours d’investiture du 6 novembre de la même année. En effet, il est crucial pour les personnes choisies ainsi que pour les institutions concernées de s’adapter aux besoins actuels dans un paysage national et international en constante évolution. Le défi consistait à trouver des hommes remarquables qui s’adaptent parfaitement à la situation actuelle. Ils doivent consolider les équilibres institutionnels, renforcer la stabilité politique et préparer l’action publique pour les sept prochaines années. Le renouvellement des dirigeants des deux chambres a ainsi permis de remplacer des personnages historiques qui ont marqué l’histoire de l’institution parlementaire. Le départ de ces figures emblématiques ouvre la voie à l’arrivée de nouvelles têtes qui ont désormais pour mission de renforcer et de moderniser les institutions, en harmonie avec la vision politique du chef de l’État et son projet de société. Il est clair que ce renouvellement historique a coïncidé avec des transformations incontestables, en particulier pour réformer la structure du gouvernement avec l’instauration d’un vice-président pour renforcer efficacement le système politique camerounais et relever les défis actuels du pays.

5. Les nouveaux présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale vont succéder à des personnes qui s’étaient parfaitement acclimatées à leur fonction. Comment Aboubakary Abdoulaye et Théodore Datouo peuvent-ils, selon vous, réussir leur mission ?

Le chef de l’État ne peut pas se tromper sur la qualité des individus qu’il choisit pour l’aider à mener à bien sa résolution de transformer en profondeur les structures de la République. En ce sens, le président de la République a fait absolument confiance aux très honorables Aboubakary Abdoulaye et Théodore Datouo. S’inscrivant indiscutablement dans une rupture symbolique, porteuse de réformes, leurs choix respectifs s’articulent également dans la logique de la continuité dans les équilibres politiques et institutionnels. En ce sens, la clé de leur mission réside dans leur loyauté envers le chef de l’État, qui les a choisis pour l’aider à implémenter sa vision politique et son projet de société devant le parlement. Elle repose également sur leur capacité à maintenir l’équilibre entre les différentes forces politiques au sein du parlement, à garantir l’impartialité et l’efficacité du fonctionnement parlementaire, tout en veillant au respect des règles et des coutumes de ces institutions. Ils doivent exercer un leadership discret, mais ferme, et assurer la représentation des parlementaires. Ils doivent également jouer un rôle central dans la gouvernance du parlement, au-delà de leurs fonctions officielles.

6. Au Sénat en particulier, une femme a été élue première vice-présidente. Comment analysez-vous cette évolution ?

Cette évolution concrétise la promesse faite par le président Paul Biya pendant la campagne électorale, celle d’installer la femme au cœur de ce nouveau septennat. En vérité, lors de ce huitième mandat consécutif, entamé le 6 novembre 2025, il a mis l’accent sur la promotion des femmes et de la jeunesse. Il a démontré son indiscutable capacité à tenir ses promesses en faisant élire Naomie Begala Mikel au poste de première vice-présidente du Sénat par un vote écrasant au Parlement, avec 98,80 % des suffrages. Cette élection incarne la volonté du président de faire augmenter la présence des femmes dans les sphères décisionnelles au Cameroun.

Source Cameroon Tribune , vendredi 10 Avril 2026

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