
Milices cybernétiques : Boucliers des élites à « casseroles »
Le Pr Mathias Owona Nguini est aujourd’hui la cible d’une meute cybernétique déchaînée. Hier, c’étaient d’autres ; demain, ce seront de nouveaux visages. Ce phénomène, tragiquement devenu banal au Cameroun, soulève une question déchirante : qu’est devenue la société Camerounaise, et vers quel abîme la traînent ceux qui animent ce fléau pour de sordides intérêts ?
C’est le cœur lourd que l’on observe la déliquescence de l’ espace public Camerounais. Depuis près d’une décennie, le débat citoyen s’est déporté sur les réseaux sociaux. Mais loin d’être un agora de construction nationale, la blogosphère camerounaise est devenue le théâtre d’une guerre d’influence d’un genre nouveau, un spectacle de désolation où l’on assiste à l’émergence de véritables « milices cybernétiques ». Des réseaux structurés de blogueurs, d’influenceurs et de faux profils monnaient désormais leurs services pour blanchir la réputation de dignitaires et de gestionnaires de fortunes aux dossiers compromettants. Pour quelques pièces d’argent, le Cameroun est sacrifié.
La genèse : Le tournant de 2017 ou bonjour la haine
Ce phénomène trouve ses racines dans la double déflagration politique et sociale de 2017. D’une part, l’enlisement de la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a vu naître une féroce et douloureuse bataille de propagande en ligne entre activistes séparatistes et brigades cyber-patriotiques.
D’autre part, la présidentielle de 2018, marquée par la montée en puissance du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a définitivement militarisé le cyberespace. La création de la BAS (Brigade Anti-Sardinards) d’un côté, et la riposte du camp d’en face de l’autre, ont transformé les sobriquets de « tontinards » et de « sardinards » en de véritables armées numériques. Ce qui aurait dû être un débat d’idées est devenu un champ de ruines verbales.
De la politique au vice : L’industrie du blanchiment de réputation
Constatant l’effroyable efficacité de ces meutes digitales pour détruire des vies ou défendre l’indéfendable, des élites politiques et des gestionnaires indélicats ont flairé le filon. Pour échapper aux foudres de l’Opération Épervier ou au tribunal de l’opinion, ils ont choisi d’acheter ces mercenaires du clic, préférant sauver leur peau plutôt que de préserver l’intégrité de la patrie.
modus operandi désormais tristement rodé
La saturation de l’espace par le mensonge : Dès qu’un scandale financier ou un « dossier noir » menace de fuiter, la milice s’active pour inonder la toile de contre-narratifs lénifiants.
Le lynchage ciblé
Pour protéger le commanditaire, ces réseaux orchestrent des campagnes de diffamation barbares contre les journalistes intègres ou les rivaux politiques.
L’instrumentalisation des consciences
Des influenceurs à forte audience reçoivent de lourdes enveloppes pour transformer un détournement de fonds publics flagrant en « cabale politique » ou en « complot tribal ».
En s’accaparant les codes de la rumeur et du buzz, ces milices cybernétiques réussissent le tour de force macabre de transformer des prédateurs économiques en victimes de chasses aux sorcières, et de faire passer de loyaux serviteurs de la République pour des fossoyeurs.
Un crime contre la patrie
C’est une stratégie de destruction redoutable qui, en brouillant la frontière entre le vrai et le faux, assassine chaque jour un peu plus le débat démocratique et l’exigence de redevabilité à la patrie. Le grand perdant de ce cynisme ambiant reste le Cameroun.
La réputation de ce grand pays d’ Afrique , de ses institutions et de l’âme même du peuple camerounais Paul Biya est dévoyée pour des ambitions égoïstes. Les conséquences économiques sont déjà là : fuite des investisseurs, agonie du tourisme et méfiance généralisée. Face à ce lynchage systématique de la vérité et de la patrie par ses propres enfants, une complainte douloureuse résonne, semblable au reproche divin : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Pourquoi, ô enfants du Cameroun, persécutez-vous ainsi votre propre terre natale ?
Simon Metsengue




