
Canalsat : « Qu’avons-nous fait au bon Dieu ! »
Un mouvement de contestation contre les produits Canalsat au Cameroun prend progressivement corps au sein de l’opinion. Paiement double, chaînes régulièrement supprimées, prix exorbitants et tout ceci sans aucune plateforme de discussion. Les Camerounais disent « ça suffit ».
Un mouvement d’indignation est en train de prendre corps au Cameroun contre les produits Canalsat. Le ras-le-bol a atteint son paroxysme. Dans les foyers, les chefferies, les bureaux et sur les réseaux sociaux, une même question, teintée d’exaspération et de dépit, tourne en boucle : « Qu’avons-nous fait au bon Dieu ». Pour les millions d’abonnés camerounais de Canalsat, le cordon de la tolérance a définitivement été rompu. Ce qui n’était au départ que des murmures de salon s’est transformé en un véritable mouvement d’indignation collective. Les Camerounais, fatigués d’être traités en vaches à lait, disent aujourd’hui d’une seule voix : « Ça suffit ».
Le dindon de la farce : Tarifs exorbitants et service au rabais
Au cœur de cette colère légitime, un sentiment profond d’injustice face à des prestations jugées de plus en plus médiocres. Les griefs s’accumulent : Des tarifs jugés exorbitants, par rapport au pouvoir d’achat local. Des disparitions soudaines et régulières de chaînes pourtant attractives, sans baisse de prix corrélative ni explication préalable, des tranches d’antennes dans certaines chaines pour enfants parfois incrustées des scènes promouvant des orientations sexuelles contrenatures. L’absence totale d’une plateforme de discussion ou d’un service client digne de ce nom pour écouter, comprendre et désamorcer les tensions. Les abonnés se retrouvent face à un mur de silence corporatiste, contraints de subir unilatéralement la loi du diffuseur.
Le mirage de la TNT et le piège de la double taxation
Cette crise ravive une vieille blessure nationale : le fiasco de la Télévision Numérique Terrestre (TNT). Pourtant, les instructions du Chef de l’État, Paul Biya, étaient claires et visionnaires. Le projet présidentiel devait permettre d’offrir gratuitement à chaque ménage camerounais un bouquet de et 30 chaînes locales et une vingtaine de chaînes internationales. Un projet ambitieux qui aurait dû briser le monopole des câblo-opérateurs privés et garantir la souveraineté audiovisuelle du pays. Lancé officiellement en 2014 avec un budget estimé à 110 milliards de FCFA au moment où Issa Tchiroma l’un des acteurs clé du projet était Ministre de la Communication. Le Projet devait être effectif en 2015. Malheureusement, les années ont passé et ce projet « foireux » est resté lettre morte dans les méandres de l’exécution administrative. Résultat ? Les Camerounais se retrouvent pris au piège d’une double peine financière révoltante : À la source, Ils paient obligatoirement la Taxe Audiovisuelle (RAV) prélevée directement sur leurs salaires pour financer les médias publics. Et à la réception, Ils doivent à nouveau mettre la main à la poche lors des réabonnements mensuels à Canalsat pour espérer capter des images de qualité, payant ainsi doublement pour l’accès à l’information et au divertissement. Le constat est amer : l’échec de la TNT a jeté les citoyens en pâture aux opérateurs privés, qui dictent désormais leurs règles sans craindre la concurrence d’un service public gratuit et performant.
Vers un boycott massif ?
Aujourd’hui, la coupe est pleine. Le mouvement d’indignation qui prend corps au Cameroun dépasse le simple cadre de la contestation passive. Des appels au boycott et à la structuration d’associations de défense des consommateurs se multiplient. Les abonnés réclament des comptes, une baisse des prix, le retour des chaînes supprimées et, surtout, l’ouverture d’un dialogue transparent. Si rien n’est fait, le géant de la diffusion pourrait bien réaliser à ses dépens que le consommateur camerounais, bien que patient, sait aussi dire stop quand la ligne rouge est franchie.
Simon Metsengue




