
Du savoir au vacarme : L’urgence d’une renaissance du débat public au Cameroun !
Regard sur les débats du dimanche (Édition 1 – Opinion)
Loin de l’ élégance intellectuelle et de la tenue républicaine qui caractérisaient autrefois les antennes de radio et de télévision, le paysage médiatique actuel cède à la raillerie systématique. Pour éduquer la jeunesse et consolider la paix sociale, la presse doit réapprendre à éclairer plutôt qu’à diviser.
Ce jour, entre 10 heures et 15 heures, plusieurs antennes de télévision et de radio du Cameroun ont une fois de plus résonné du même leitmotiv lancinant : le « séjour privé du Président de la République, Paul Biya, en Europe ». Sous couvert de questionner la communication gouvernementale, l’exercice visait surtout à instiller dans l’opinion publique un sentiment de fragilité au sommet de l’État. C’est un rituel dominical désormais immuable, où le sarcasme s’impose en maître et où l’invective tient lieu de rhétorique.
Au lieu de proposer une analyse rigoureuse des politiques publiques et d’éclairer les grands enjeux de la Nation, le débat cathodique s’est transformé en une arène d’ écharpage publique. Ce dimanche, le Président Paul Biya a été « mangé à toutes les sauces », et les hauts commis de l’État ont servi de condiments : de Samuel Mvondo Ayolo, Directeur du Cabinet Civil, au ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, en passant par le ministre Grégoire Owona et le Pr Jacques Fame Ndongo, ces lieutenants de l’« Homme Lion ». Tout ce monde est passé à la trappe médiatique.
Le sacrilège de l’État et le spectacle du mépris
Au cœur de cette théâtralisation, c’est la sacralité de l’État et de ses institutions qui se trouve progressivement galvaudée. L’analyse prospective cède la place aux règlements de comptes par médias interposés, où la punchline prime sur la profondeur de la réflexion. Ici, un âge avancé égale une maladie grave, et un séjour d’une cinquantaine de jours hors du Cameroun devient le synonyme d’un empêchement définitif. Oser soutenir le contraire vous catégorise aussitôt parmi les vulgaires menteurs, sur des plateaux pour la plupart déséquilibrés au profit de la flagellation des institutions.
Ce jeu de chaises musicales polémiques réduit l’action gouvernementale à une simple querelle d’individus, occultant les véritables enjeux de souveraineté avec de lourdes conséquences sur l’opinion.
L’opinion prise en otage
Ainsi, à force de traiter les affaires d’État comme des querelles de clocher, l’autorité républicaine perd sa valeur morale et symbolique aux yeux des citoyens. Le sarcasme permanent qui prospère sur plusieurs plateaux chaque dimanche installe une défiance généralisée et noie les vrais sujets économiques, sécuritaires et sociaux dans un bruit de fond stérile.
La désillusion de la jeunesse
En offrant ce spectacle récurrent de division et de raillerie, ces espaces détournent la jeunesse de l’engagement civique constructif. L’urgence d’un retour à l’éthique et à la pédagogie devient un impératif. Il convient de rappeler avec force que les médias ne sont pas des agents de déstabilisation ou de propagande destructrice, mais les architectes de la conscience nationale. Leur mission n’est pas d’alimenter le brasier de la rancœur ou du mépris, mais de concevoir, d’éclairer et de bâtir. Il s’agit de soigner l’image d’un Cameroun qui sait mobiliser ses forces vives autour d’une cause commune : l’Émergence et le Progrès.
On ne peut s’empêcher de repenser, avec une pointe de nostalgie légitime, à cette époque pas si lointaine où la télévision et la radio constituaient de véritables écoles du savoir, des carrefours d’élégance intellectuelle et de tenue républicaine. Les débats d’alors, portés par une hauteur de vue et une exigence pédagogique, éclairaient l’opinion sans jamais profaner les symboles de la Patrie.
Aujourd’hui, au milieu de ce vacarme assourdissant, deux piliers essentiels de la Nation sont gravement menacés : l’éducation des masses et la promotion de la paix sociale. Lorsque le micro devient une arme de dénigrement plutôt qu’un outil d’éveil citoyen, c’est le ciment même de la cohésion nationale qui se fragilise. Éduquer avec rigueur, informer avec réserve, pacifier les esprits et mettre en lumière ce qui édifie la nation : voilà la seule communication qui honore la République. L’hymne national nous le rappelle si bien : « Chère Patrie, terre chérie, tu es notre seul et vrai bonheur, notre joie, notre vie, à toi l’amour et le grand honneur ! » Face à un tel engagement, le Cameroun sort-il honoré ou sali de ces débats dominicaux ?
Bon dimanche à tous.
Simon Metsengue




