
Gestion des déchets : passer à transformation industrielle !
Face à l’urgence de la gestion des ordures ménagères au Cameroun, ramasser ne suffit plus : il faut transformer. Au-delà des infrastructures déployées par le MINHDU, l’avenir du secteur se joue dans la conversion industrielle des déchets en gaz et en engrais, à l’image du projet Ecogaz & Énergie Centre du Groupe Camaroes. Décryptage d’un modèle d’émergence écologique à fort impact.
Face à la crise structurelle des dépôts sauvages qui asphyxient Yaoundé et Douala, l’État du Cameroun accélère le pas. Plus d’un an après les États généraux de mai 2025, le ministère de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU) intensifie la mise en œuvre de sa feuille de route (2025–2029). Renforcement de la chaîne opérationnelle (points de regroupement, centre de transfert de Simbock, balayeuses mécaniques), mobilisation citoyenne et consolidation du cadre juridique via un projet de loi sur la propreté des villes : les jalons d’une gouvernance moderne sont en train d’être posés.
Le maillon manquant : la valorisation systématique
Si la collecte et l’évacuation des ordures ménagères demeurent indispensables pour préserver la santé publique, elles ne constituent que la première étape d’une gestion durable. Dans des métropoles en pleine expansion démographique comme Yaoundé et Douala, le modèle linéaire du « ramasser-jeter » montre ses limites. L’enjeu majeur des décennies à venir réside dans la transition vers une économie circulaire, où le déchet cesse d’être une nuisance pour devenir une ressource économique et énergétique majeure.
L’appui du MINHDU aux PME pour la fabrication de pavés écologiques ou le tri sélectif dans les écoles marque une prise de conscience salutaire. Toutefois, pour répondre aux volumes colossaux générés quotidiennement, le Cameroun doit passer de la phase pilote à l’échelle industrielle.
L’exemple d’Ozom 2 : l’audace de l’initiative privée
C’est précisément dans ce créneau que s’inscrivent des initiatives pionnières portées par le secteur privé national. À une dizaine de kilomètres de Yaoundé, le projet porté par le Groupe Camaroes (« Ecogaz & Énergie Centre ») à Ozom 2 incarne cette mutation industrielle indispensable.
En gestation sur un site de 7,5 hectares, ce projet ambitieux vise la transformation de 120 tonnes d’ordures ménagères par jour en gaz et en engrais organiques. Une telle unité offre une réponse tripartite aux défis capitaux du pays :
1. Environnemental et sanitaire : désengorgement durable des décharges publiques et réduction des émissions de gaz à effet de serre issus de la décomposition anarchique ;
2. Énergétique :production d’une énergie propre (gaz) susceptible d’alléger la pression sur les ressources forestières et de diversifier le mix énergétique local ;
3. Agricole :fourniture d’engrais organiques à moindre coût pour booster la productivité des bassins agricoles environnants.
Soutenir la souveraineté écologique pour l’Émergence
Alors que le MINHDU prépare une table ronde des bailleurs de fonds et un Programme national d’infrastructure (2027–2029), il y a urgence à intégrer pleinement ces projets industriels de méthanisation et de compostage dans le portefeuille des investissements prioritaires.
Pour le gouvernement et les partenaires au développement (BAD, UE, etc.), soutenir des projets comme celui d’Ozom 2 ne relève pas de la simple philanthropie environnementale : c’est un *investissement à forte rentabilité économique, sociale et écologique*. Donner aux acteurs privés locaux les moyens financiers et technologiques de concrétiser leurs ambitions permettra de consolider la feuille de route gouvernementale.
Il est temps de faire des ordures de l’« or dur ». Vivement cette synergie d’action pour la grandeur du Cameroun et son Émergence !
Simon Metsengue




