
Nationalisation de la SOSUCAM : stop a la surenchère identitaire !
L’actualité récente de l’agro-industrie au Cameroun est marquée par les négociations relatives au retrait du groupe Somdiaa (filiale de Castel) de la SOSUCAM. Ces discussions mettent en lumière plusieurs repreneurs potentiels : du côté de l’État, les noms de structures institutionnelles comme la CNPS et la SNI sont évoqués ; dans le secteur privé local, l’hypothèse d’un consortium d’industriels et de financiers camerounais émerge, aux côtés de géants régionaux comme le groupe nigérian Dangote. Alors que les pourparlers se précisent, certaines voix s’élèvent pour instrumentaliser la fibre communautaire afin de faire pression sur l’État, pourtant seul garant de l’intérêt général et régulateur du marché.
Depuis le 13 août dernier, la SOSUCAM fait l’objet de multiples convoitises, tant au niveau national qu’international. C’est dans le cadre d’une saine concurrence arbitrée par l’État que certains discours fusent et s’éloignent dangereusement de la rigueur économique pour sombrer dans le chantage identitaire. Un texte en circulation illustre parfaitement cette dérive : sous couvert de défendre un groupe local, il déploie une rhétorique de repli tribaliste et de victimisation qu’il est indispensable de déconstruire et de rejeter avec fermeté.
Dangereuse escalade
Les propos véhiculés par ces discours constituent une dérive inacceptable. L’usage de formules belliqueuses (« chasser » « parti satanique », « impitoyables »« boycott ») transpose un arbitrage industriel sur le terrain stérile de la confrontation ethnique. Cette rhétorique installe un manichéisme artificiel, opposant une communauté prétendument persécutée à un État dépeint comme prédateur, tout en désignant des boucs émissaires parmi d’autres composantes de la nation et les populations étrangères établies au Cameroun.
De telles déclarations dépassent le cadre de la simple opinion politique : elles relèvent d’un extrémisme ethno-tribal qui fragilise le vivre-ensemble et menace directement la cohésion nationale.
Au-delà de la surenchère, la réalité
Au-delà des passions et des tentations d’exclusion, la réalité factuelle et institutionnelle impose une analyse rationnelle :
Un arbitrage d’État fondé sur la souveraineté et l’unité :
La SOSUCAM produit l’essentiel du sucre national sur ses sites de Mbandjock et Nkoteng. L’intervention des pouvoirs publics dans l’examen des offres de reprise vise exclusivement à garantir la continuité territoriale, la sécurité alimentaire de tous les Camerounais et la préservation de milliers d’emplois industriels.
La réalité du capital privé national :
Le mythe d’une exclusion systématique fondée sur l’origine régionale s’effondre face à la réalité du tissu économique. Le secteur privé camerounais, riche de sa diversité, prospère dans de multiples domaines (distribution, banque, agro-industrie, BTP, etc.). L’État privilégie des partenariats axés sur la viabilité financière, l’expertise et l’intérêt national, sans distinction tribale.
La fiction du complot : Réduire les choix d’attribution de licences ou de régulation à une entreprise de marginalisation relève de la manipulation idéologique. La restructuration d’un fleuron industriel exige des garanties techniques et sociales complexes, très éloignées des grilles de lecture identitaires.
Le chantage communautaire : une impasse pour la République
Agiter le spectre de la discrimination pour réclamer un privilège ethnique sur les actifs économiques du pays constitue une démarche nocive à réprimer avec la dernière énergie. Conditionner le développement économique à des critères communautaires dévoie les principes fondamentaux de mérite, de saine concurrence et de patriotisme économique.
Non à l’ emprisonnement de l’ économie par des fractions tribales
L’économie camerounaise ne peut devenir le théâtre de factions tribales ou fascisantes. La création de richesse exige un environnement apaisé, ancré dans l’État de droit, la transparence financière et le respect mutuel. Face à la surenchère de la haine et du repli, il est question de réaffirmer la primauté de la raison économique et faire de la diversité culturelle du Cameroun le moteur d’une prospérité partagée.
Simon Metsengue




