Les ordures : un fléau et pourtant… !

Les ordures : un fléau et pourtant… !

Face à l’insalubrité croissante à Yaoundé, le ministre Paul Atanga Nji a présidé, le 28 août 2026, une réunion interministérielle réunissant le MINHDU, le MINDDEVEL, le MINFI, les autorités préfectorales ainsi que les entreprises HYSACAM et THICLOP. Immersion au cœur de ce qui s’apparente ici à une catastrophe sanitaire, mais constitue ailleurs une aubaine énergétique et agricole.

Organisée sur instructions présidentielles, cette rencontre présidée par le MINAT visait à dresser un état des lieux, à réexaminer les contrats de collecte et à analyser les contraintes financières des prestataires. Des mesures urgentes ont été actées pour éradiquer les monticules d’ordures : les sous-préfets et les maires devront notamment effectuer au moins deux descentes sur le terrain par semaine. Paul Atanga Nji a exigé un engagement quotidien sans prétexte financier, afin d’associer davantage les communes et de créer des agences dédiées garantissant la salubrité permanente de la capitale.

Cependant, cette réponse politique illustre une approche archaïque. À Yaoundé et Douala, la démographie galopante génère un volume colossal de 5 500 à 6 000 tonnes d’ordures par jour (soit 0,45 à 0,6 kg par habitant et par jour). Sur ce total, la collecte effective ne dépasse pas 1 500 à 2 000 tonnes à Yaoundé et 1 800 à 2 000 tonnes à Douala, laissant des milliers de tonnes à l’abandon. Ce déficit récurrent montre les limites d’un modèle centré uniquement sur l’enlèvement et la mise en décharge.

Pourtant, la matière première est surabondante : entre 60 % et 65 % de ces déchets sont fermentescibles, soit 3 500 tonnes par jour de matière organique prêtes à être valorisées. Plusieurs pays africains ont déjà franchi le cap de la biométhanisation industrielle. L’Afrique du Sud (Bio2Watt), l’Égypte (ECARU), le Kenya, le Maroc (CEV de Fès), la Côte d’Ivoire (Akouédo, Kossihouen) et le Rwanda (Nduba) convertissent leurs biodéchets en électricité, en biogaz et en biofertilisants certifiés.

Le Cameroun ne s’inscrit que timidement dans cette dynamique :

Nkolfoulou (Yaoundé) :48 hectares gérés par HYSACAM (360 000 tonnes par an) sont dédiés au captage du biogaz, avec un projet de conversion électrique de 10 MW (28 800 MWh par an).
Dschang :Une plateforme municipale y traite 7 à 10 tonnes par jour pour produire 300 à 500 tonnes par an d’engrais organique. Où sont les autres mairies ? Que font-elles ?

Le ratio entre cette capacité actuelle de transformation et le gisement disponible reste dérisoire. Il est urgent de rappeler l’État à ses responsabilités : au lieu d’engloutir des centaines de milliards de FCFA dans un ramassage moyenâgeux, le gouvernement doit investir massivement dans la transformation industrielle des biodéchets.

Il convient également de déplorer l’inaction du patronat camerounais, plus enclin à soutenir des importations massives d’engrais chimiques qu’à structurer une filière locale. Le Cameroun dépense **50 à 70 milliards de FCFA par an** pour importer plus de 225 000 tonnes d’engrais (soit **173,9 milliards de FCFA sur la période 2021-2023**). La valorisation des ordures permettrait de résorber la crise sanitaire, de réduire cette dépendance financière et de garantir la souveraineté énergétique et agricole du pays.

Que manque-t-il réellement au Cameroun ? L’émergence est à portée de main : bousculons les vieilles habitudes et mettons-nous tous à l’étrier !

Simon Metsengue

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