
Féminicides au Cameroun : Au-delà de l’ indignation !
50 femmes tuées en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025, et déjà 50 victimes début 2026 : la hausse dépasse 50 % en deux ans. Derrière ces chiffres macabres, la chair suppliciée du Cameroun. Au-delà de l’indignation éphémère, il est urgent d’autopsier les failles profondes d’une société qui laisse tuer ses filles.
À chaque nouveau drame, le rituel est le même : une vague de consternation, une indignation collective sur les réseaux sociaux, suivie de récupérations politiques aussi opportunistes que superficielles. Pourtant, le sang continue de couler. Pour enrayer la hausse des féminicides au Cameroun, il est impératif de dépasser l’émotion brute pour autopsier les failles structurelles et socio-anthropologiques de la société Camerounaise.
En premier lieu, la quête du gain facile a dénaturé les rapports amoureux. Une anthropologie contemporaine de la femme, entretenue par certains codes sociaux, continue de valoriser un modèle fondé sur l’assistanat : l’homme « doit tout faire » et assumer seul la charge financière du couple. L’amour se trouve ainsi matérialisé, transformé en une transaction où la dépendance économique crée un terrain propice aux tensions extrêmes.
Pourtant, et c’est là tout le paradoxe de la dynamique actuelle, l’égalité des chances est désormais actée au Cameroun. Les femmes sont de plus en plus autonomes, instruites et même souvent favorisées dans les recrutements professionnels. Cette mutation crée une contradiction majeure : d’un côté, une exigence d’émancipation intellectuelle et professionnelle ; de l’autre, le maintien d’attentes traditionnelles où l’homme demeure l’unique pourvoyeur.
Confronté à des charges sociales étouffantes et à sentiment de déchéance face à cette compétition nouvelle, l’homme se retrouve plongé dans une véritable psychose sociale. N’ayant plus les moyens de répondre aux attentes financières qu’on lui impose, beaucoup basculent dans des vannes de fuite destructrices : la consommation de stupéfiants ou de whiskies en sachet bon marché. Ce cocktail de frustration, de précarité et d’addiction maintient une frange masculine dans un état de nerf perpétuel, où la moindre étincelle ou rupture amoureuse peut dégénérer en violence fatale.
Face à ce constat, l’urgence n’est plus aux incantations, mais à l’élaboration d’un nouveau contrat social. Il est primordial de rééquilibrer les responsabilités au sein du couple et de redéfinir les rôles sociaux à l’aune des réalités économiques actuelles.
Cette refondation doit s’appuyer sur un acte juridique fort : la finalisation du Code de la famille. Ce cadre juridique, attendu depuis des années, ne doit pas être une simple copie de normes étrangères, mais le reflet authentique des traditions camerounaises réinventées, capables de protéger la vie humaine, d’harmoniser les rapports de genre et de redonner de la lisibilité aux devoirs de chacun. Sans cette révision profonde, nos larmes continuent d’être le seul rempart face à la tragédie.
Simon Metsengue




