
Politique : Atanga Nji en Messie du MRC !
Réunion non déclarée, violation des statuts et fuite en avant virtuelle : en rappelant le MRC à l’ordre, Paul Atanga Nji sanctionne une forfaiture interne et offre au parti l’opportunité d’une reconstruction démocratique saine avant les prochaines échéances électorales.
Le ministère de l’Administration territoriale (MINAT) vient, par une correspondance datée du 19 août 2026, de siffler la fin de la récréation au MRC. En refusant fermement d’acter les résolutions de la convention extraordinaire du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) tenue le 21 décembre 2025, le ministre Paul Atanga Nji signe le désaveu cinglant de la reconduction arbitraire du Pr Maurice Kamto à la tête du parti et de tous les membres de son directoire. Loin des imprécations et des accusations victimaires de « manœuvre de déstabilisation » hurlées par une direction aux abois, l’analyse froide des faits démontre une réalité incontestable : l’État est simplement intervenu pour restaurer la légalité républicaine.
Une violation caractérisée de la loi de 1990 : la fin de l’impunité
Au cœur de la démarche ministérielle se trouve un mépris souverain des règles juridiques qui encadre le fonctionnement des partis politiques. L’article 3, alinéa 2 de la loi n° 90/055 du 19 décembre 1990 portant régime des réunions et manifestations publiques exige une déclaration préalable devant les autorités administratives avant la tenue de tout rassemblement public.
Cette obligation n’est ni optionnelle, ni négociable. Une convention nationale de parti politique — organe suprême de décision engageant la vie démocratique du pays — ne pouvait, sous aucun prétexte, se tenir dans la clandestinité. En ignorant sciemment les autorités de tutelle, les organisateurs ont délibérément violé la loi.
La déchéance statutaire : l’éviction des fidèles pour masquer l’illégitimité du « chef »
Pourquoi ce passage en force ? La réponse réside dans la manipulation interne des textes pour servir l’ambition d’un seul homme. Pour commettre cette forfaiture, il a fallu neutraliser la base et piétiner les statuts du MRC, notamment l’article 29 (A et B) qui impose une condition stricte : **trois années de militantisme continu** pour prétendre à un poste de responsabilité au directoire.
Or, le dossier du Pr Maurice Kamto est juridiquement disqualifiant :
Rupture d’ancienneté :Après sa démission retentissante pour rejoindre le MANIDEM en juin 2025, le natif de Baham a brisé son engagement et remis son compteur militant à zéro.
Candidature hors-la-loi :En réintégrant le MRC quelques semaines après la contestation de sa candidature au Manidem par une fraction de ce parti — contestation portée devant le Conseil constitutionnel —, il ne remplissait plus la condition d’ancienneté requise.
En organisant cette convention en force, la clique dirigeante s’est livrée à une purge en règle pour écarter les militants historiques exigeants et imposer un candidat en situation d’illégalité absolue. Cette dérive s’inscrit en droite ligne du traumatisme de 2020 : un boycott insensé qui avait sacrifié froidement des centaines de cadres et militants ambitieux, privés du jour au lendemain de leurs mandats locaux et parlementaires pour préserver l’agenda personnel d’une direction autocratique.
L’imposture du « cyberespace » : on ne trompe pas la République avec du virtuel
Face au constat d’illégalité, les stratèges du MRC ont brandi une défense saugrenue : la réunion s’étant déroulée en visioconférence, elle n’aurait pas nécessité de déclaration préalable. Cette pirouette juridique révèle une méconnaissance — ou un mépris — tragique du droit administratif camerounais.
La loi n° 90/055 s’applique à toute manifestation publique, quel que soit le canal. Le caractère public dépend de l’impact et de l’enjeu de l’événement, non du support technique (salle physique ou Internet). Par ailleurs, le législateur n’a prévu aucune exemption pour le « cyberespace ».
Prétendre s’exonérer des lois de la République sous prétexte qu’on utilise un écran d’ordinateur relève de la farce. Qu’elle soit physique ou virtuelle, une convention nationale non déclarée reste une réunion clandestine.
Le MINAT en sauveur du MRC
Investi d’une mission régalienne de tutelle et de contrôle, le MINAT a pour devoir de veiller à l’application stricte des lois de la République et à la conformité des actes des partis avec leurs propres statuts. Valider les mascarades d’un rassemblement clandestin et hors statuts aurait fait du ministère le complice d’une forfaiture majeure.
Cette décision ferme du ministre Paul Atanga Nji est un acte de salubrité politique. Elle offre au MRC une opportunité salutaire : se libérer de la prise d’otage d’une clique qui a confisqué l’appareil politique à des fins égocentriques. Ce rappel à l’ordre est la seule voie possible pour permettre à la véritable base démocratique du MRC de restaurer sa gouvernance, de reconstruire un parti crédible et d’aborder dignement les échéances futures à l’horizon 2027. Il faut faire vite.
Simon Metsengue




