MRC : Après une décennie d’impasse politique !

MRC : Après une décennie d’impasse politique !

La démission du Professeur Maurice Kamto et celle de son premier vice-président, Mamadou Mota, marquent un tournant décisif dans l’histoire du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Au regard du droit et des textes régissant les formations politiques, cet abandon produit une onde de choc juridique irrémédiable : dès le départ de son président en juin 2025 pour rejoindre le Manidem, l’ensemble du directoire du MRC est devenu caduc. Son retour en force à la tête du parti en prononçait déjà la décapitation ; la formation politique s’est d’elle-même plongée dans une acéphalisation légale irréversible.

Le bilan d’une politique d’agitation

Le bilan de la décennie Kamto à la tête du MRC restera marqué par une radicalisation inédite du paysage politique camerounais. Sous prétexte de contestation, le parti a privilégié la logique de l’affrontement : organisation de marches dites « pacifiques » mais illégales et périlleuses, appels récurrents à l’insurrection, défiance systématique de l’autorité de l’État et prolifération, au sein de la diaspora, de groupes extrémistes aux accents ethnofascistes tels que la BAS (Brigade Anti-Sardinards).

Cette dérive s’est traduite par des actes de violence spectaculaires, à l’image du saccage orchestré des ambassades du Cameroun en Europe, particulièrement à Paris, Berlin et Bruxelles en janvier 2019. De nombreux cadres et militants purgeaient ou purgent encore de lourdes peines à la suite de ces événements, à l’instar de figures clés comme le Professeur Alain Fogué ou le porte-parole Olivier Bibou Nissack.

Cette stratégie du pire a engendré d’immenses dégâts collatéraux. Le plus dramatique demeure le sacrifice brutal de la carrière politique de milliers de militants ambitieux et dévoués, dont l’engagement s’est heurté au boycott systématique des échéances électorales clés (notamment les législatives et municipales de 2020) et aux impasses stratégiques de leur direction.

Le temps des regrets

Il est profondément regrettable d’observer un tel naufrage chez un juriste et un universitaire aussi émérite, dont la carrière académique faisait autrefois la fierté de toute une nation. Ce projet politique, initialement porté par une élite intellectuelle et porteur d’espoirs, s’est progressivement abîmé dans un extrémisme stérile.

Tourner la page

Aujourd’hui, il convient de saluer l’action du Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT), dont le rappel impartial à la loi permet d’éclairer les militants et de favoriser une prise de conscience salutaire avant les prochaines échéances électorales. D’une part, cette intervention clarifie l’allégeance de figures démissionnaires comme Jean-Michel Nintcheu ou Albert Dzongang à une vision radicale qu’ils ont longtemps cherché à masquer au sein du MRC, mais qui poursuivait des trajectoires bien éloignées des aspirations des pères fondateurs.

D’autre part, bien que le Pr Maurice Kamto n’ait pas officiellement démissionné du MRC en tant que simple militant, ses prises de position le rapprochent inévitablement de ce noyau dur. Il ne serait donc pas surprenant de le voir prendre la tête du parti de Jean-Michel Nintcheu pour poursuivre cette agitation contre-productive qui a caractérisé son magistère au MRC. De leur côté, l’ancien député SDF Jean-Michel Nintcheu et Albert Dzongang comptent sans doute s’appuyer sur la popularité de Maurice Kamto pour décrocher un siège de député lors du prochain scrutin et gonfler les effectifs du FCC (Front pour le Changement au Cameroun), une alliance qui a déjà accueilli les transfuges du SDF et s’apprête à récupérer les adeptes de l’agitation issus du MRC.

Cette branche attribue curieusement la fronde interne à des figures comme Okala Ebode ou Willy Mengue, tout en abandonnant une coquille vide à Tiriane Noah. Deux questions fondamentales se posent alors : l’ère du MRC version ethnofasciste est-elle définitivement révolue ? Ou cherche-t-on plutôt à faire porter le chapeau de la déchéance du parti à une seule aire culturelle ?

Quoi qu’il en soit, le MRC traverse la période la plus tumultueuse de son histoire. L’heure est venue pour ses sympathisants et ses acteurs authentiques de tourner la page de cette décennie de tensions pour réinventer un engagement démocratique constructif.

Simon Metsengue

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