Cameroun-France : pour l’ avenir et par devoir de mémoire ! 

Cameroun-France : pour l’ avenir et par devoir de mémoire ! 

Ambiance de fête ce 16 septembre à la salle des Convivialités du Musée National de Yaoundé, rythmée par les mélodies de l’Orchestre de l’Ensemble National. L’enceinte patrimoniale a servi de cadre à l’audience accordée par le Ministre des Arts et de la Culture (MINAC), Bidoung Kpwatt, à une importante délégation française conduite par l’Ambassadeur de France au Cameroun, S.E. Sylvain Riquier. Une rencontre au sommet destinée à exalter la vitalité d’une mémoire partagée tout en traçant les contours d’une collaboration renouvelée et axée sur des bénéfices réciproques.

 

Au cœur des échanges figuraient le soutien aux Industries Créatives et Culturelles (ICC), la création artistique via l’Institut Français du Cameroun (IFC), la modernisation des archives ainsi qu’un enjeu majeur : la préservation du patrimoine et la restitution des biens culturels jadis spoliés.

Trois axes stratégiques pour le patrimoine culturel

Pour porter la vision du MINAC sur la préservation du patrimoine commun, la Directrice du Patrimoine Culturel a décliné une feuille de route articulée autour de trois axes fondamentaux :

1. Un héritage architectural et monumental à valoriser : Le Cameroun abrite un patrimoine bâti exceptionnel, témoin de l’histoire partagée entre les deux nations (Musée National, Poste centrale, École du centre, Pavillon Jamot, Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires, etc.). Pour le protéger, le MINAC envisage un inventaire exhaustif de l’architecture française au Cameroun afin de concevoir un itinéraire de mémoire partagée.
2. **Une lutte exemplaire contre le trafic illicite des biens culturels :** Face au pillage des objets sacrés, la coopération avec les Douanes françaises et l’Office Central de Lutte contre le Trafic des Biens Culturels (OCBC) s’est avérée décisive. En trois ans, plus d’une centaine d’objets d’origine camerounaise ont été saisis aux points d’entrée français (Roissy, Le Havre, Marseille). S’appuyant sur la Convention UNESCO de 1970, le Comité Interministériel chargé du rapatriement sollicite l’intercession diplomatique pour hâter la restitution de ces œuvres aux communautés dépositaires.
3. Une aventure scientifique et paléontologique commune : La recherche archéologique et scientifique conjointe (CNRS, IRD, Muséum National d’Histoire Naturelle) illustre la portée universelle de ce partenariat. Deux avancées majeures ont été mises en lumière :
* La découverte dans la vallée de la Bénoué (Nord-Cameroun) d’un des plus vastes gisements d’empreintes de dinosaures d’Afrique centrale (120 millions d’années), destiné à devenir un Géoparc UNESCO.
La mise au jour dans les réserves du Dja et de Campo-Ma’an d’espèces végétales endémiques reliques issues du Gondwana, prouvant l’ancienneté exceptionnelle de la forêt camerounaise.

 

Archives et restitution : une vision stratégique globale

En complément de ces enjeux patrimoniaux, le Dr Esther Olembe, Directrice des Archives Nationales, a rappelé la vision stratégique portée sous la très haute impulsion du Président de la République, S.E. Paul Biya : *« Il n’y a pas de connaissance rigoureuse de l’histoire sans archives, pas de mémoire éclairée sans accès aux sources et pas d’accès durable aux sources sans institutions archivistiques fortes. C’est précisément sur ce terrain que le Cameroun connaît une évolution majeure ».

Face à cette articulation méthodique de la partie camerounaise, l’Ambassadeur de France a salué la densité des échanges :
« C’était d’abord une très belle matinée. Je suis reconnaissant à Monsieur le Ministre des Arts et de la Culture de m’avoir consacré du temps […]. Le premier volet concerne le fond : la culture en tant que patrimoine et facteur d’identité. Nous menons un travail à long terme sur l’organisation, la préservation du Musée national et la mise en valeur de ses collections, notamment avec le Musée d’Angoulême. La question des restitutions est tout aussi essentielle. C’est un processus qui s’inscrit dans la durée, appuyé sur la stratégie élaborée par le Cameroun et le cadre juridique récent dont nous disposons en France. Le second volet concerne l’impact économique, la production culturelle et l’employabilité dans les ICC. »*

Un comité mixte paritaire pour passer à l’action

Pour concrétiser ces ambitions, les deux parties ont convenu de créer un **comité mixte paritaire** chargé de piloter les projets opérationnels. Cette instance stratégique sera coprésidée par le Pr Blaise Nkene, Secrétaire Général du MINAC, et par la Conseillère de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France. Une étape décisive pour ancrer la relation culturelle franco-camerounaise dans un partenariat moderne, équitable et résolument tourné vers l’avenir.

Simon Metsengue

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