
Le FMI au Cameroun : épée de Damoclès à vie ?
Une mission du Fonds monétaire international (FMI), conduite par Christine Dieterich, séjourne à Yaoundé depuis le 17 septembre 2026. Objectif : conduire les consultations annuelles au titre de l’article IV des statuts de l’institution. Dans un contexte national sous tension budgétaire, cet examen passe au crible, la gestion des finances publiques, l’impact de la baisse des subventions aux carburants et la soutenabilité d’une dette estimée à 15 416 milliards de FCFA.
Officiellement, Yaoundé ne replonge pas dans l’enfer des plans d’ajustement structurel des années 1990. La présence des experts du FMI combine la surveillance macroéconomique ordinaire et l’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement (SND30). Le Cameroun ne subit pas d’injonctions brutales : le gouvernement a comprimé son déficit, maintenu l’endettement sous la barre de 50 % du PIB et mené des réformes courageuses saluées par le bailleur.
Pourtant, sous ce satisfecit technique, le malaise persiste. Le Cameroun figure désormais parmi ces pays sous surveillance préventive dont la crédibilité extérieure dépend entièrement du tampon accordé par Washington. Mais cette noria ininterrompue d’audits, d’évaluations et de missions de cadrage n’a que trop duré. À force de faire de la résilience financière une fin en soi, l’État valide une forme d’infantilisation économique.
Pour briser ce plafond de verre, les décideurs publics doivent sortir de la simple gestion comptable et engager la transformation structurelle de l’appareil productif. L’urgence impose de réorienter massivement l’investissement public vers trois leviers clés :
L’énergie : garantir une fourniture ininterrompue pour alimenter le tissu industriel.
L’agro-industrie : transformer localement pour assurer la souveraineté alimentaire et stopper la fuite des devises.
Le secteur minier : valoriser le sous-sol sur place afin d’exporter des produits à forte valeur ajoutée. C’est à cette seule condition que le Cameroun redressera sa balance commerciale et affirmera sa véritable souveraineté économique.
Mais ce virage exige un préalable absolu : la paix. Il est temps d’adresser un appel patriotique ferme à ceux qui entretiennent l’instabilité et la violence armée dans les régions fragilisées. Ces conflits coûtent des vies, dévastent le patrimoine national et dévorent des ressources financières qui devraient financer les écoles, les hôpitaux et les infrastructures de demain. Sortir du tutorat permanent du FMI exige de la rigueur au sommet et le choix sans concession de la paix sur le terrain.
Simon Metsengue




