Bafoussam : Roger TAFAM ” À la suspicion qui divise nous opposons des actes qui unissent tous les bafoussamois” !

Bafoussam : Roger TAFAM ” À la suspicion qui divise nous opposons des actes qui unissent tous les bafoussamois” !

Interview exclusive du Maire de la Ville de Bafoussam, Roger Tafam

De retour de Cracovie, en Pologne, où il a pris part, du 21 au 23 septembre 2026, à la 25ᵉ Conférence internationale de l’Observatoire international de la démocratie participative (OIDP) en sa qualité de Maire de la Ville de Bafoussam et de Président en exercice de l’OIDP Afrique, Roger Tafam dresse le bilan de sa mission. Ambitions internationales, réformes locales, clarification face aux polémiques et appel à l’unité : l’édile de la métropole régionale de l’Ouest répond sans détour.

Question 1

Monsieur le Maire, vous rentrez de Cracovie où vous avez représenté Bafoussam à la 20ᵉ édition du Prix OIDP aux côtés de nombreux exécutifs locaux venus du monde entier. Au-delà de la portée symbolique et du prestige, que peuvent concrètement en attendre les populations de Bafoussam ?

Roger Tafam :Cracovie n’était en aucun cas un voyage de prestige. J’y ai séjourné pour représenter Bafoussam et porter la voix des collectivités territoriales africaines en tant que Président en exercice de l’OIDP Afrique. Mais avant tout, j’y suis allé pour apprendre et échanger.

La première leçon que j’en tire est que la participation citoyenne n’a de sens que si elle produit un impact réel. Consulter les habitants pour la forme avant de décider sans eux ne fait que nourrir la méfiance. Les villes qui réussissent sont celles qui annoncent clairement dès le départ ce que les citoyens ont le pouvoir de faire évoluer. Elles mobilisent leurs services techniques et financiers, puis expliquent en toute transparence quelles propositions ont été retenues, modifiées ou écartées, et pour quelles raisons.

La seconde leçon concerne la capacité d’exécution : une concertation doit porter sur des projets réalistes, assortis de moyens clairement identifiés et d’un suivi lisible. Mieux vaut souscrire peu de promesses mais les tenir, plutôt que de susciter de grandes attentes pour finir par décevoir.

Pour les Bafoussamois, les retombées se traduiront d’abord par une rigueur méthodologique accrue : les projets de quartier seront mieux co construits avec eux, et chacun saura précisément qui est responsable, selon quel calendrier et pour quel résultat. Enfin, Cracovie nous a permis de nouer des contacts stratégiques avec des villes et des partenaires internationaux que nous allons mobiliser afin de renforcer les compétences de nos équipes et soutenir le financement de nos projets. Voilà le sens d’une diplomatie territoriale : servir le quotidien des populations.

Question 2

À Cracovie, plusieurs initiatives inspirantes ont été distinguées : résilience écologique, suivi participatif des engagements ou encore implication de la jeunesse. Comment comptez-vous adapter ces modèles à Bafoussam, et quel rôle joueront-ils dans les réflexions de l’OIDP Afrique et du FIDEPA 07 ?

Roger Tafam :Il ne s’agit pas de faire du copier-coller. Une bonne pratique éprouvée en Pologne, au Brésil ou en Espagne ne saurait être répliquée telle quelle chez nous. Il convient impérativement de l’adapter à nos réalités socioculturelles, à nos chefferies traditionnelles, à nos associations, à nos marchés, à nos quartiers et à nos capacités budgétaires.

Sur le plan de la résilience écologique, nous entendons impliquer directement les riverains dans la gestion des espaces publics, la salubrité urbaine et la prévention des risques majeurs, notamment les inondations et les implantations en zones non constructibles.

Concernant le suivi des engagements, notre démarche est claire : rendre publics la liste des projets retenus, leur état d’avancement et la désignation des responsables afin de permettre un contrôle citoyen effectif.

Pour la jeunesse, l’objectif est de la reconnaître comme un acteur du présent. Nous voulons instaurer des espaces de délibération dédiés aux problématiques municipales concrètes, garantissant une réponse officielle de l’exécutif municipal et l’accompagnement de projets pilotes portés par des jeunes.

Tous ces enseignements nourriront directement le pré-forum territorial que nous préparons à Bafoussam, ainsi que le FIDEPA 07, événement porté par notre ville et prévu à Yaoundé les 2 et 3 décembre 2026. Au sein de l’OIDP Afrique, notre ambition est de franchir un cap en passant du simple partage d’expériences à la mise en œuvre de pratiques mesurables : adoption de standards d’inclusion, renforcement des capacités locales et mutualisation méthodique des réussites comme des difficultés. l’Afrique ne doit plus se contenter de recevoir des modèles : elle doit en proposer.

Question 3

L’ambition internationale exige une certaine sérénité sur le plan local. Or la scène médiatique locale est parfois agitée. Vos détracteurs vous reprochent parfois un « mélange des genres » ou des prises de parole impulsives. Quelle est votre conception du rôle de maire et de la liberté d’expression ?

Roger Tafam :La critique est un composant naturel du jeu démocratique. Un maire qui la refuserait n’aurait rien compris aux principes mêmes de la démocratie participative qu’il prône. Je respecte profondément la liberté d’expression — qu’elle émane des journalistes, des acteurs politiques de l’opposition ou des citoyens. Elle est garantie par nos textes fondamentaux et m’impose un devoir permanent de redevabilité.

Cependant, cette liberté s’accompagne d’exigences morales et civiques : la véracité des faits, le respect de la dignité des personnes et le sens de la responsabilité vis-à-vis de la cohésion sociale. Débattre contradictoirement d’un bilan, d’un budget ou de choix d’aménagement urbain est non seulement légitime, mais souhaitable. En revanche, propager des contre-vérités ou attiser les fractures communautaires relève d’une tout autre démarche.

Quant à la passion que j’exprime parfois, je l’assume pleinement. Je suis un homme de convictions et j’aime profondément Bafoussam. Lorsque la dignité de notre ville ou l’unité de ses habitants sont injustement remises en cause, il m’arrive d’apporter des clarifications fermes. Mais je veillerai toujours à répondre par les faits, dans le strict respect des institutions. Le rôle du maire consiste à écouter, à décider dans le cadre des lois et règlements, puis à expliquer sans relâche. Ma porte demeure grandement ouverte à tous ceux qui privilégient un débat constructif.

Question 4

Certains opposants vous accusent de repli communautaire et de favoriser des intérêts d’autochtonie au détriment de l’intérêt général de la Communauté Urbaine. Que répondez-vous à ceux qui doutent de votre capacité à être le maire de tous les Bafoussamois, sans distinction d’origine, de quartier ou de village ?

Roger Tafam : Je leur réponds en toute sérénité, par la preuve des faits. J’ai été élu Maire de la Ville en 2020 par des conseillers municipaux issus de nos trois communes d’arrondissement. Je suis donc le mandataire de l’ensemble des habitants de Bafoussam, sans distinction aucune, et non le représentant d’un village ou d’une communauté en particulier.

Bafoussam est une grande métropole carrefour. Elle s’est bâtie grâce à l’apport de femmes et d’hommes venus de toutes les régions du Cameroun et d’ailleurs. Ici, aucun citoyen ne doit être stigmatisé ou privilégié en raison de ses origines. Bafoussam appartient à toutes celles et tous ceux qui y résident, y travaillent, y investissent et participent à son essor.

Sur le terrain, la réalité du bilan est incontestable :

Voirie et infrastructures : Entre 2020 et 2025, nous avons reprofilé sur fonds propres plus de 220 kilomètres de voirie répartis équitablement dans la ville (environ 57 km à Bafoussam 1ᵉʳ, 74 km à Bafoussam 2ᵉ et 77 km à Bafoussam 3ᵉ).
Éclairage public : Des lampadaires solaires ont été déployés aux chefferies supérieures de Bafoussam, Bandeng et Baleng en 2023, puis étendu à Famtchouet et à la chefferie supérieure de Bamougoum en 2024.
Assainissement : De nombreux dalots et caniveaux ont été aménagés dans une multitude de quartiers, de Kamkop à Banengo, en passant par Bamendzi, Kouogouo, Tyo-village et Ndiengdam.
Appui institutionnel : Chaque année, la Communauté Urbaine reverse aux trois communes d’arrondissement leur quote-part de la dotation générale de fonctionnement, soit plus de 206 millions de FCFA pour l’exercice 2024.
Ressources humaines et gouvernance :Au cours de notre mandat, 113 agents qualifiés aux origines diverses ont été recrutés. La commission paritaire d’avancement et le conseil de discipline siègent régulièrement pour garantir des déroulements de carrière fondés sur le mérite et la réglementation.
Action sociale et inclusive :De 2021 à 2025, plus de 1 300 personnes vulnérables ont bénéficié d’aides directes (orphelins, personnes vivant avec un handicap, membres de l’association socioculturelle Bororo, déplacés internes des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest). De plus, en 2022, 290 jeunes originaires des trois arrondissements ont été remobilisés  conjointement pour des opérations d’assainissement et de collecte des déchets plastiques.

À ceux qui émettent des doutes, je dis : observez nos routes, nos réseaux d’éclairage, nos marchés et nos équipements publics. Ils bénéficient à tous sans réclamer de carte d’identité ni d’appartenance villageoise. À la division et à la suspicion, nous opposons des résultats probants. Je suis et je resterai le maire de tous les Bafoussamois, sans réserve.

Question 5

Construire une métropole moderne, écologique et résiliente exige l’adhésion de tous. Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes, à la jeunesse, aux opérateurs économiques et à l’ensemble des citoyens pour porter cette ambition commune ?

Roger Tafam :Une métropole moderne ne s’édifie pas uniquement depuis les bureaux de l’Hôtel de Ville. Elle se façonne au quotidien dans chaque quartier, chaque marché, chaque établissement scolaire et chaque foyer.

Aux femmes, piliers de notre tissu économique et familial : investissez pleinement les comités de quartier, les réseaux associatifs et les instances de concertation. Votre perception des réalités est indispensable pour façonner une cité plus sûre, plus équitable et plus solidaire.
À la jeunesse : vous ne représentez pas seulement l’avenir, vous êtes les acteurs majeurs du présent. Soyez force de proposition, innovez, entreprenez et engagez-vous. La municipalité prend l’engagement ferme d’être à votre écoute et de soutenir vos initiatives.

Aux acteurs économiques (commerçants, transporteurs, artisans, investisseurs) : Bafoussam est votre outil de travail et votre cadre de vie. Le respect des règles d’urbanisme, des normes d’hygiène et des civismes fiscaux constitue un investissement direct pour rendre notre territoire plus attractif et prospère.

À l’ensemble de la population, je lance un appel vibrant : faisons de Bafoussam la capitale incontestée de la démocratie participative et du vivre-ensemble. Participez à nos travaux, exprimez vos attentes, suivez la réalisation de nos engagements et exigez une reddition des comptes. Soyez les premiers ambassadeurs de notre ville. Ensemble, donnons à Bafoussam le rayonnement qu’elle mérite au Cameroun, en Afrique et à l’international.

Propos recueillis par Simon Metsengue

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