
Clément Atangana : Du célèbre « irrecevable » au dernier souffle républicain!
Du célèbre « irrecevable » au dernier souffle républicain Avec la disparition de Clément Atangana à 85 ans, le Cameroun perd le premier président de son Conseil constitutionnel : un haut magistrat stoïque qui préféra le bouclier impénétrable du droit aux passions de la rue.
Il était de cette lignée d’hommes d’autrefois que les plus violentes tempêtes ne parvenaient pas à faire fléchir. Premier président du Conseil constitutionnel du Cameroun, Clément Atangana s’est éteint ce 4 octobre 2026 à Paris, à l’âge de 85 ans. Il part comme il a vécu : en haut serviteur de l’État, stoïque, impassible, sourd aux tumultes éphémères de la rue comme aux vains calculs politiciens. Sa disparition laisse aujourd’hui le souvenir amer et déchirant d’un magistrat d’exception qui aura incarné, jusqu’à son dernier souffle, l’austère rigueur du droit face au spectre de la démagogie.
Né le 20 septembre 1941 à Ekoumeyeck, dans l’arrondissement de Ngomedzap (département du Nyong-et-So’o), ce père de huit enfants, diplômé de l’Université de Yaoundé, de l’ENAM et de l’IIAP de Paris, aura voué près de six décennies de sa vie aux institutions républicaines. Entré dans la magistrature le 20 décembre 1968, il en a gravi méthodiquement tous les échelons : juge d’instruction, président de tribunaux, président de la Cour d’appel du Centre, puis président de la Chambre administrative de la Cour suprême. Officier de l’Ordre national de la Valeur, il avait également présidé la Commission nationale de recensement général des votes dès 1997 et siégé au Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies.
Rappelé du silence de sa retraite par le décret présidentiel du 7 février 2018, ce grand serviteur de l’État fut porté à la tête de la toute première juridiction constitutionnelle du pays. Une charge colossale pour ce juriste pétri de la culture sacrée du texte et du sens du devoir de réserve.
Sa présidence aura été traversée par deux épreuves majeures, deux rendez-vous cruciaux où vacilla la stabilité de la Nation : les élections présidentielles d’octobre 2018 et d’octobre 2025. Dans ce climat d’extrême tension, face aux passions déchaînées des acteurs politiques et à la menace sourde du chaos, Clément Atangana est demeuré imperturbable. « *Irrecevable* » : ce mot tranchant comme un couperet, prononcé au soir des contentieux électoraux, reste désormais gravé dans la mémoire collective comme l’écho solennel d’une époque.
À ceux qui le sommaient de céder à l’émotion de l’instant, le haut magistrat a opposé le bouclier impénétrable du droit strict. Il savait pertinemment qu’outrepasser la règle pour satisfaire des agendas particuliers équivalait à condamner la République à la dérive. Et si son ancienne appartenance au parti au pouvoir a parfois nourri d’amers débats sur son impartialité, son action aura, quoi qu’on en dise, irrévocablement marqué la trajectoire démocratique du pays.
Le stylo à l’encre indélébile s’est définitivement tu ce matin. Clément Atangana s’en va, nous laissant avec nos regrets et le souvenir d’un monde qui s’efface, mais son legs demeure intact : celui d’un homme qui aura rappelé que la force ultime d’un État réside dans le respect scrupuleux de ses lois. La Nation s’incline aujourd’hui avec une profonde reconnaissance devant la mémoire de ce géant de la justice camerounaise.
Adieu, Monsieur le Président !
Simon Metsengue




