
État – GECAM : L’urgence d’un examen de conscience !
État – GECAM : L’urgence d’un examen de conscience !
Entre jérémiades convenues et refus persistant de balayer devant sa porte, le GECAM a profité du Cameroon Business Forum pour enfiler le costume commode de la victime. Un réquisitoire anti-gouvernemental aussi facile qu’hypocrite, qui évite soigneusement d’interroger la frilosité du patronat local, son addiction aux rentes d’importation et les ravages d’une fusion stérile. Tribune sans concession sur un capitalisme national en mal d’audace.
À l’occasion de la 12e édition du Cameroon Business Forum (CBF), le président du GECAM, Célestin Tawamba, s’est une nouvelle fois fendu d’une sortie médiatique forte, dressant un réquisitoire implacable contre les pesanteurs structurelles qui plombent l’économie nationale. Infrastructures routières dégradées prolongeant les temps de parcours entre métropoles, crise énergétique obligeant l’industrie à tourner au groupe électrogène, insécurité foncière menaçant les garanties bancaires, accès au crédit des PME entravé malgré la présence de l’État dans les banques, pression fiscale confiscatoire et lenteurs de la justice économique.
À première vue, l’exercice séduit. Le patronat appuie là où le bât blesse : les entreprises camerounaises peinent au quotidien dans un environnement où la résilience relève de l’exploit. Comment ne pas souscrire au constat amer d’un réseau routier vétuste qui alourdit la logistique, ou à l’aberration d’un tissu industriel asphyxié par les délestages malgré des milliards injectés dans les barrages ? Le secteur privé subit de plein fouet ces défaillances.
Cependant, s’arrêter à ce tableau unilatéral relève de la complaisance intellectuelle. Derrière cette posture de victime idéale se cache une réalité paradoxale : celle d’un patronat unifié qui, tout en pointant du doigt l’État, s’accommode fort bien de ses rentes, cultive l’immobilisme et brille par son inaction. La critique est aisée, mais il est grand temps d’enlever la paille qui obstrue l’œil du patronat avant de s’acharner sur la poutre étatique.
Le grand paradoxe du financement : des banques surliquides face à l’inertie locale
L’un des chevaux de bataille favoris du GECAM cible la frilosité des banques à financer les PME, pointant l’actionnariat public dans les établissements de crédit. Une critique qui omet sciemment les responsabilités du secteur privé.
Pourtant, l’État déploie chaque année plus de 200 milliards de francs CFA en mécanismes de garanties bancaires pour stimuler l’entrepreneuriat. Malgré ces efforts, les banques baignent dans une surliquidité déconcertante tout en verrouillant l’accès au crédit pour les projets innovants.
Où est la voix du GECAM face à ce conservatisme bancaire ? Pire, les détenteurs de capitaux importants au sein du patronat brillent par leur frilosité sectorielle. Au lieu d’investir dans la transformation structurelle ou la production locale, ces capitaux préfèrent la voie de la facilité : l’importation massive de marchandises de pacotille qui essorent nos réserves de devises. Le GECAM gémit sur les guichets publics tout en encouragent un capitalisme compradore, plus prompt au négoce court-termiste qu’au risque industriel.
Énergie et agriculture : l’échec d’une vision attentiste
La fuite en avant du GECAM s’illustre également sur le front énergétique et agricole. Si le déficit énergétique pénalise l’appareil productif, qu’en est-il de la responsabilité des élites économiques ? Les détenteurs de capitaux locaux disposent d’une surface financière considérable, mais rechignent à s’engager dans des investissements lourds de production d’énergie verte ou d’agro-industrie intégrée.
Le secteur agricole, véritable poumon potentiel de notre balance commerciale, subit de plein fouet cette inertie. Au lieu de structurer des filières solides, le GECAM se contente de vœux pieux lors des grand-messes économiques. L’attentisme y est roi : on attend tout de la manne publique et des subventions, en refusant le risque entrepreneurial.
Fusion patronale : l’enterrement de la compétitivité
Pour comprendre cette incapacité à impulser un sursaut national, il faut remonter à la genèse du groupement. La fusion intervenue au sein du patronat, vendue comme l’avènement d’une “voix forte”, s’est révélée être un piège.
En concentrant le pouvoir entre les mains d’un oligopole, cette fusion a étouffé le pluralisme et neutralisé la saine émulation. Ce mastodonte ressemble aujourd’hui à un cartel de défense d’intérêts acquis plutôt qu’à un laboratoire d’idées. En muselant la contestation interne, cette structure unique tue la compétitivité par l’innovation, étouffant les jeunes pousses et les acteurs dynamiques.
responsabilité partagée
Les vérités du GECAM sont indéniables : la bureaucratie pèse lourd, la fiscalité étouffe la création de valeur et l’insécurité juridique fragilise l’investissement.
Cependant, la victimisation perpétuelle ne grandit pas le patronat. Un secteur privé digne de ce nom ne saurait rejeter l’entièreté des tares nationales sur l’État. Il est temps de balayer devant sa porte : en encourageant l’audace financière de ses membres, en investissant massivement dans la terre et l’énergie, et en redonnant vie à une concurrence saine étouffée par les monopoles.
La transformation du Cameroun ne se fera pas par des incantations larmoyantes dans les salons feutrés du CBF. Elle exigera de l’État de meilleures infrastructures, mais imposera surtout à un patronat éveillé de cesser ses plaintes pour faire, pleinement et rigoureusement, son travail d’entrepreneur.
Simon Metsengue




