An 44 du Renouveau : l’énigme des capitaines d’industrie et le défi de l’équilibre régional !

An 44 du Renouveau : l’énigme des capitaines d’industrie et le défi de l’équilibre régional !

Dans quatre jours, le peuple camerounais et son Chef célèbrent les 44 ans de l’avènement du Renouveau national. Rétrospective sur la genèse des capitaines d’industrie au Cameroun.

Depuis l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, le 6 novembre 1982, le paysage socio-économique camerounais s’est façonné au rythme des mutations politiques et idéologiques. Quarante-quatre ans plus tard, une radiographie de l’entrepreneuriat national révèle une réalité saisissante : la surreprésentation écrasante des élites économiques originaires de l’Ouest et du Nord-Ouest. À elles deux, ces régions abritent una part prépondérante des capitaines d’industrie du pays. Un déséquilibre persistant qui interroge l’histoire, la sociologie et les politiques publiques de l’État.

L’héritage colonial et la tentation du « matricule »

Pour comprendre cette hégémonie, il faut revisiter l’héritage colonial. Dans les régions du Centre, du Sud, de l’Est et dans le Grand Nord, la colonisation et l’administration post-indépendance ont profondément orienté les aspirations vers la fonction publique. Le modèle de réussite sociale par excellence s’est résumé à l’obtention d’un bureau, d’un costume et, surtout, d’un « matricule ». L’État, principal employeur, a nourri cette vocation bureaucratique jusqu’en 1987, année charnière marquée par l’institutionnalisation du « libéralisme communautaire » face à la violente crise économique qui sévissait.

Cartographie d’une asymétrie économique

C’est précisément à partir de cette décennie de crise et de libéralisation que de véritables capitaines d’industrie ont commencé à émerger. Une cartographie minutieuse des dix plus grandes fortunes du pays illustre à la fois cette dynamique et sa répartition géographique singulière :

Au sommet de la pyramide, des figures de proue telles que Baba Ahmadou Danpullo (originaire du Grand Nord, actif dans l’agroalimentaire avec le Nana Bouba Group, l’immobilier et les télécoms, avec des avoirs estimés à plus de 660 milliards de FCFA) et le banquier Paul Fokam Kammogne (fondateur d’Afriland First Bank, originaire de l’Ouest) se partagent les rênes de l’économie nationale.
D’autres grands noms de l’industrie et de la grande distribution s’imposent à l’instar de Samuel Foyou (marqué par la production industrielle et l’hôtellerie), Colin Mukete (majeur dans les médias et les télécommunications, originaire de la région du Sud-Ouest), Jean-Samuel Noutchouguoin (agro-industrie et plasturgie), Sylvestre Ngouchinghe (maître de la distribution des produits congelés avec Congelcam), ou encore Kate Fotso (figure féminine majeure de l’agro-exportation à la tête de *Telcar Cocoa.

Ce dynamisme privé s’est ainsi structuré de manière asymétrique. Dans l’Ouest et le Nord-Ouest, il a trouvé un terreau fertile grâce à la force de la solidarité communautaire et au système des tontines, véritables institutions de microfinancement informel, adossées au réseau des banques commerciales pour pallier le manque de garanties classiques.

Le fossé des attentes et la grogne feutrée des territoires

Quarante-quatre ans après, ce fossé économique suscite un sentiment mitigé mais grandissant d’iniquité à travers le pays. Du Nord au Sud, de l’Est au Centre en passant par le Sud-Ouest, une frange importante de la population réclame un renforcement de l’équilibre régional dans l’émergence de ces grands patrons.

Les paradoxes territoriaux demeurent criants. Le Centre, le Sud et le Sud-Ouest constituent le poumon agricole du pays, produisant par exemple plus de 300 000 tonnes de fèves de cacao par an ; pourtant, en dépit de la présence de leaders de l’exportation, les grandes unités industrielles de transformation locale intégrée y cherchent encore leur ancrage global. De même, la région de l’Est et le Sud regorgent d’immenses forêts et de richesses minières, sans qu’on y observe une transformation locale d’envergure portée par des capitaines d’industrie natifs de ces zones.

le Renouveau pour une industrialisation souveraine

Face à ces défis, le Renouveau national doit impérativement réinventer son logiciel. Il s’agit aujourd’hui d’ancrer le développement économique dans la valorisation des potentialités locales, en soutenant l’éclosion d’une nouvelle génération d’entrepreneurs issus de toutes les régions et en impliquant activement les conseils régionaux. C’est tout le sens profond du libéralisme communautaire : faire des territoires non pas de simples réservoirs de matières premières, mais de véritables foyers de création de richesses et d’industrialisation souveraine. Telle doit être la cause nationale que doit porter la transition générationnelle en marche.

Simon Metsengue

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