
Cameroun : La CDEC, le joker industriel de Paul Biya!
Le Cameroun fait face à une crise de financement de son plan d’industrialisation depuis son lancement en 2018. Pour accélérer la cadence, le président Paul Biya a activé un levier stratégique : la Caisse de Dépôts et de Consignations (CDEC). En quoi cette institution est-elle le véritable catalyseur de l’économie camerounaise ?
Face à l’inertie bancaire, le bras armé de l’État
La CDEC se heurte aujourd’hui à la réticence de certaines banques commerciales et d’autorités de régulation sous-régionales. Pourtant, la législation camerounaise est claire : la CDEC est l’unique institution habilitée à centraliser les dépôts de garantie, les fonds de tiers (notaires, greffes), les consignations administratives ou judiciaires, ainsi que les avoirs en déshérence.
L’objectif de cette centralisation est crucial : orienter cette épargne de long terme vers l’investissement productif, le financement des infrastructures publiques et les projets d’intérêt général. En soutenant les politiques publiques et en dynamisant le secteur financier national, la CDEC s’impose comme le pilier de l’appui économique du pays.
Là où le système bancaire a échoué
L’industrialisation du Cameroun exige des financements à moyen et long termes (10, 15 ou 20 ans). Or, le paysage bancaire local n’est pas structuré pour y répondre. Surliquides, les banques commerciales camerounaises préfèrent octroyer des crédits à court terme pour financer de vastes campagnes d’importation ou des besoins de trésorerie immédiats, plutôt que de couvrir le risque industriel sur la durée.
Faute de financements adaptés, le patronat camerounais n’a d’autre choix que de se cantonner aux activités de négoce et de services, hautement dévoreuses de devises.
Ce modèle s’apparente aux dérives du système financier international. En marge du sommet USA-Afrique de décembre 2021, le président Paul Biya fustigeait déjà le piège de l’endettement extérieur : un mécanisme vicieux à très court terme où le service de la dette s’active avant même le transfert effectif des fonds, et où le moindre défaut de paiement entraîne des saisies ou le bradage du sous-sol. C’est ce modèle délétère que le système bancaire local a, d’une certaine manière, dupliqué.
Face à ce blocage, Paul Biya a choisi de puiser dans une niche de capitaux endormis au sein de ces mêmes banques qui refusent d’accompagner l’industrialisation du pays. C’est tout le sens de l’entrée en activité de la CDEC.
Le joker de la souveraineté économique
Le premier atout de la CDEC est de garantir un **financement en monnaie locale**, contournant ainsi le piège de la dette en devises. Lorsqu’un État ou ses entreprises s’endettent à l’étranger pour des projets industriels, ils s’exposent aux fluctuations des taux de change et plombent la balance des paiements lors des remboursements.
En mobilisant l’épargne nationale et les ressources oisives réglementées (fonds de cautionnement, comptes dormants des banques et des assurances), la CDEC crée un circuit de financement 100 % local. Elle peut intervenir directement en fonds propres ou accorder des prêts concessionnels à très long terme pour structurer des filières stratégiques (comme le plan national de développement de la filière blé, la construction de minoteries ou les chaînes de froid pour la pêche locale). Produire ce que l’on consomme est l’unique moyen de réduire immédiatement le poids des importations.
Une aubaine pour débloquer le crédit aux PME
Traditionnellement frileuses face aux PME industrielles en raison du manque de garanties, les banques commerciales maintiennent les vannes du crédit fermées. Pour débloquer la situation, la CDEC n’agit pas seulement comme prêteur, mais comme facilitateur et garant.
Grâce à son fonds pilote de 5 milliards de FCFA développé en partenariat avec des structures de garantie professionnelles, la CDEC prend à sa charge une partie du risque des PME. Rassurées, les banques commerciales peuvent enfin financer la modernisation des usines et l’achat de machines. À la clé : une augmentation de la production locale capable de substituer durablement les produits importés par une offre camerounaise compétitive.
Un enjeu de sécurité nationale
Bloquer le déploiement de la CDEC ou freiner la collecte de près de 1 000 milliards de FCFA de fonds en déshérence est une entrave directe à l’essor économique du pays. Ceux qui s’opposent à ce “Joker” du Renouveau économique se comportent en véritables adversaires du développement du Cameroun et doivent être traités comme tels.
Simon Metsengue




