
CDEC : Le réveil des milliards dormants!
Face au tarissement des prêts internationaux, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) s’impose comme le nouvel instrument de la souveraineté financière du pays. Décryptage d’une révolution silencieuse.
Le constat est sans appel : pour les économies africaines, l’accès à l’argent extérieur est devenu un parcours du combattant. Entre taux d’intérêt prohibitifs sur les marchés internationaux et baisse de l’aide publique, le Cameroun doit trouver ses propres solutions. La réponse se trouve peut-être dans une institution longtemps restée dans l’ombre : la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC). Opérationnelle depuis janvier 2023, elle a une mission claire. Dans sa démarche de transformer l’épargne dormante en autoroutes, en logements et en réseaux de fibre optique et autres l’évier fort de développement.
Le modèle français en dit long
Pour comprendre l’ambition, il faut regarder vers Paris. En France, la Caisse des Dépôts (CDC) est le bras financier de l’État. Elle capte l’épargne des citoyens (comme le Livret A) et les fonds des notaires pour les réinjecter, sous forme de prêts à très long terme, dans les chantiers d’intérêt public.
C’est exactement ce double mécanisme de centralisation et de transformation que la CDEC déploie à Yaoundé. L’objectif est de sécuriser les ressources oisives du pays (fonds de tiers, cautionnements, comptes inactifs) pour en faire le carburant de l’économie réelle.
Des milliards encore à conquérir
Sur le terrain, la machine est lancée. Grâce à un décret contraignant signé fin 2023, la CDEC dispose d’une arme juridique pour forcer les banques, assurances et greffes à transférer leurs fonds sous peine de lourdes pénalités.
Le premier bilan est encourageant : plus de 151 milliards de FCFA ont déjà été centralisés. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les analystes estiment à plus de 1 000 milliards de FCFA le volume total de fonds en déshérence qui dorment encore dans les coffres des banques privées.
Demain, une “Banque des Territoires”
Le véritable tournant s’est joué avec le lancement de l’étude de faisabilité d’une filiale bancaire dédiée. À l’instar de la Banque des Territoires en France, cette structure ne sera pas un simple coffre-fort. Elle sera un investisseur actif, capable de structurer des financements complexes, de soutenir les jeunes porteurs de projet, les PME adjudicataires de marchés publics et d’accompagner les CTD dans le développement des territoires. Logements sociaux, assainissement de Douala et Yaoundé, extension de la fibre optique : les chantiers prioritaires n’attendent que ce catalyseur.
Pour réussir ce pari historique, la CDEC devra toutefois briser les dernières résistances des banques privées, garantir une transparence irréprochable et armer ses équipes en ingénierie financière. Le prix de l’ indépendance économique du Cameroun est à ce tarif.
Simon Metsengue




