Consupe/ CDBF : L’heure des comptes a enfin sonné pour les maires!

Consupe/ CDBF : L’heure des comptes a enfin sonné pour les maires!

Le communiqué rendu public ce 17 septembre 2026 par le Contrôle supérieur de l’État (CONSUPE) marque un tournant salutaire. En convoquant devant le Secrétariat permanent du Conseil de discipline budgétaire et financière (CDBF) une vague de maires et d’anciens maires — d’Okola à Campo, en passant par Nanga-Eboko, Awae, Makénéné, Mouanko, Penja, Foumbot ou Dibamba —, la ministre Mbah Acha Rose Fomundam vient de donner un coup de pied dans la fourmilière de la gestion locale.

Au-delà des salons feutrés de Yaoundé

Pendant trop longtemps, l’opinion publique et les projecteurs de la lutte contre la corruption sont restés braqués sur les sommets de l’appareil d’État : ministres, directeurs généraux de sociétés publiques et ordonnateurs des grands budgets nationaux. Pourtant, la prévarication de la fortune publique et la gabegie financière ne sont pas l’apanage des salons feutrés des ministères ou des conseils d’administration de la capitale. Elles rongent avec une égale férocité la base de notre pyramide institutionnelle.

Des mairies transformées en « épiceries familiales »

Au niveau des Collectivités territoriales décentralisées (CTD), le constat est souvent amer. Pour une poignée d’élus sans scrupules, les mairies sont devenues de véritables « épiceries familiales ». Budgets communaux siphonnés, marchés publics fictifs ou surfacturés, taxes locales détournées, patrimoine foncier bradé : la gestion de certaines communes relève davantage du casse du siècle que du service public de proximité. Pendant que ces gestionnaires indélicats s’enrichissent en toute impunité, les populations locales croulent sous le manque d’eau potable, l’insalubrité, l’absence d’éclairage public et la dégradation des pistes rurales.

Il est grand temps que ces gestionnaires rendent des comptes et que ceux dont la culpabilité sera établie rendent gorge. La décentralisation n’a jamais été pensée comme un chèque en blanc délivré à des baronnies locales pour piller les ressources collectives à l’abri des regards.

Sortir des contrôles sporadiques : l’urgence d’une réforme

Toutefois, pour que cet assainissement ne ressemble pas à un simple coup d’épée dans l’eau, une réforme des méthodes s’impose. Le CDBF ne peut plus se contenter de sessions sporadiques, intervenant parfois des années après la commission des infractions, quand les caisses sont déjà vides et les preuves altérées. Il est impératif que cette instance siège selon une périodicité rapprochée — idéalement tous les ans, voire tous les six mois. C’est à ce seul prix que l’on stoppera à temps les hémorragies financières, tant au niveau local que central, avant que le mal ne devienne irréversible.

Pour une justice budgétaire sans concession

L’heure n’est plus aux arrangements politiques ni aux louvoiements. Les responsables et comptables de ces dérives doivent être placés face à leurs obligations devant la loi, sans attendre une quelconque opportunité ou volonté politique. La justice budgétaire doit s’appliquer avec la même rigueur au sommet de l’État qu’au cœur de nos communes. Le développement local et la crédibilité de la décentralisation sont à ce prix.

Simon Metsengue

CATEGORIES
TAGS
Share This

COMMENTS

Wordpress (0)
Disqus ( )
error: Content is protected !!
%d bloggers like this: