
Crise dite anglophone : le temps des indemnisations !
Après des arrestations historiques en Europe, le volet pénal de la crise anglophone marque des points. Mais pour transformer ces victoires judiciaires en réparations financières pour les victimes, la justice norvégienne exige des preuves matérielles directes. C’est désormais à l’État camerounais d’agir pour documenter le préjudice et débloquer les indemnisations
Depuis 2021, l’ONG helvétique **Action 237 Suisse** a entrepris un combat judiciaire acharné contre les bailleurs de fonds de la crise anglophone basés en Europe. C’est dans ce sillage que la justice européenne a franchi une étape décisive : l’arrestation en Norvège, le 24 septembre 2024, de Lucas Ayaba Cho, promoteur du groupe terroriste ADF (*Ambazonia Defence Forces*), ainsi que l’interpellation de quatre autres acteurs présumés en Belgique. En parallèle, l’organisation réclame que les États hôtes indemnisent les victimes de ces atrocités.
Cette offensive judiciaire résonne avec l’appel du président Paul Biya du 31 décembre 2020 : « Je voudrais, à cet égard, demander une fois de plus à nos pays amis de nous aider à neutraliser ces criminels en pourchassant tous ceux qui les financent et qui les commanditent depuis l’étranger. » En arrêtant l’un des principaux chefs d’orchestre des violences, la Norvège a répondu à cette attente.
Cependant, sur le plan civil, des obstacles juridiques persistent. Dans une lettre datée du 24 août 2026, le Service national de la police judiciaire norvégienne (Kripos) répond à l’ONG Action 237 Suisse concernant sa demande de constitution de partie civile. La procureure y précise que la demande d’indemnisation est déclarée irrecevable à ce stade. Conformément au Code de procédure pénale norvégien (article 3 et chapitre 29), la loi exige la preuve d’un lien direct entre les infractions jugées et le préjudice subi par les personnes représentées un lien que les enquêteurs n’ont pas encore pu consolider formellement.
Le nœud du problème est désormais identifié.
La crise anglophone a déjà causé plus de 6 000 morts, plus d’un million de déplacés internes et la destruction de plus 12 000 habitations. Pour que les tribunaux nordiques accordent des réparations financières aux victimes des ADF, un recensement rigoureux des préjudices directs est indispensable.
L’ONG a accompli sa mission d’alerte et l’État norvégien a pris ses responsabilités répressives. La balle est désormais dans le camp du Cameroun. Il appartient aux autorités camerounaises d’apporter un soutien institutionnel pour cartographier, identifier et formaliser les dossiers des victimes directes. Sans une action administrative et judiciaire vigoureuse de Yaoundé pour fournir ces éléments matériels à la justice norvégienne, le volet indemnisation risque de s’enliser. L’État du Cameroun est donc attendu au pied du mur afin que justice soit rendue la à son peuple.
Simon Metsengue
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