Émeutes en France : Paris face à ses propres miroirs!

Émeutes en France : Paris face à ses propres miroirs!

Face aux violences qui embrasent ses villes, le gouvernement français prône la fermeté absolue. C’est un retour brutal au réel pour une puissance habituée à donner des leçons de démocratie à l’Afrique, aujourd’hui confrontée à ses propres contradictions.

Un week-end de chaos et de tensions

En France, ce week-end d’octobre 2026 restera gravé sous le signe du chaos. Plus de 550 000 personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la vie chère et la vétusté des lycées. Mais au fil des heures, la mobilisation a basculé : affrontements d’une extrême intensité, tir de gaz lacrymogènes, effondrement partiel dans les flammes de la flèche de l’hôtel de ville de Limoges, mairie de Lyon ciblée et nombreux commerces pillés. Le bilan est lourd : au moins 1 200 interpellations et 150 policiers blessés.

La fermeté de l’État et le champ sémantique de la crise

Face à cette « escalade de la violence », la réaction de l’exécutif a été immédiate et intransigeante. Emmanuel Macron a promis la plus grande sévérité à l’égard des « semeurs de chaos », martelant que « personne n’imposera son agenda politique par la violence ». Les grands médias internationaux et français , de France 24 à RFI, en passant par Le Monde ,  adoptent à leur tour un vocabulaire martial et sans nuance : on parle désormais de « casseurs », d’« émeutiers » ou encore d’« actes vénéneux » visant à déstabiliser les institutions.

Le souvenir amer de l’ingérence en Afrique

Pourtant, cette crise intérieure offre un contraste saisissant avec la posture habituelle de la diplomatie française à l’étranger, en particulier sur le continent africain. Comment ne pas se souvenir des déclarations d’Emmanuel Macron en février 2020 : « J’ai mis la pression sur Paul Biya pour que d’abord il traite le sujet de la zone anglophone et de ses opposants. Je lui ai dit : “Je ne veux pas qu’on se voie à Lyon tant que le Pr Kamto n’est pas libéré.” Il a été libéré parce qu’on a mis la pression » ?

Ces propos avaient été perçus comme une insulte par le peuple camerounais, alors confronté à une menace terroriste dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi qu’à une tentative d’insurrection en janvier 2019. L’exécutif français se vantait alors d’exercer des pressions directes pour obtenir la libération d’un opposant poursuivi pour atteinte à l’ordre public. À l’époque, Paris se posait en donneur de leçons de morale, qualifiant souvent les interdictions de manifester à l’étranger de « répression disproportionnée ».

Deux poids, deux mesures : le revers de la médaille

Aujourd’hui, le vocabulaire policé des droits de l’homme s’efface opportunément devant la priorité absolue du maintien de l’ordre républicain. Ce « deux poids, deux mesures » sémantique et politique ne passe pas inaperçu. À travers le silence pudique qu’observent plusieurs capitales africaines, le message implicite adressé à Paris est limpide : nul n’est à l’abri des secousses sociales, et nul ne devrait attiser le feu chez autrui sous couvert de moralisme démocratique.

L’urgence du dialogue

Face à cette crise majeure, la réponse ne résidera ni dans la surenchère policière ni dans le cynisme politique. Plus que jamais, l’heure doit être à l’apaisement et au dialogue afin de répondre aux revendications légitimes de la population.

Simon Metsengue

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