Import-substitution : Grand virage vers une révolution verte !

Import-substitution : Grand virage vers une révolution verte !

Moins d’importations alimentaires, plus de production locale : le Cameroun tient-il enfin son virage économique ? Alors que la facture alimentaire recule de 17 %, le pays doit désormais transformer l’essai en fermant la vanne aux devises faciles pour financer ses producteurs locaux et recycler ses déchets afin d’assurer une production nationale d’engrais.

La note de conjoncture de l’Institut National de la Statistique (INS) est sans appel : les importations alimentaires du Cameroun enregistrent une baisse spectaculaire de 11 milliards de FCFA, chutant de 65 à 54 milliards de FCFA, soit une contraction de 17 %. Ce repli significatif, perçu comme un signal fort de reprise en main de la balance commerciale, s’explique par la conjugaison de quatre facteurs clés : la réduction drastique des volumes d’achats de céréales majeures telles que le riz et le maïs, la montée en puissance du Plan intégré d’import-substitution agropastoral (PIISAH), la détente relative des cours mondiaux et des coûts de fret, ainsi que le verrouillage monétaire opéré par la BEAC sur l’allocation des devises.

Le temps d’ une réorientation économique audacieuse

Si la préservation des réserves de change réjouit les technocrates, cette dynamique de souveraineté alimentaire ne pourra s’inscrire dans la durée sans une réorientation audacieuse des choix économiques nationaux. Au cœur du débat : la gouvernance des agréments d’importation. Trop longtemps perçus comme des rentes de situation accordées au négoce national et international, ces quotas doivent aujourd’hui servir d’instrument de conversion. En resserrant les vannes de l’importation sauvage et stérile, l’État contraint et encourage les capitaux privés à migrer vers l’investissement direct dans les filières agricoles locales. L’enjeu est clair : transformer les importateurs d’hier en capitaines d’industrie agropastorale de demain.

Saisir la balle au bond

Mais la bataille de l’assiette ne se gagnera pas sans celle de la terre. Cette dynamique ascendante doit urgemment s’étendre à d’autres secteurs stratégiques, à commencer par celui des engrais. Alors que les importations d’intrants chimiques grèvent lourdement les finances publiques et exposent les agriculteurs aux fluctuations géopolitiques, une solution d’économie circulaire dort au pied des immeubles. Les ordures ménagères, qui constituent aujourd’hui une plaie d’insalubrité urbaine pour les grandes métropoles, représentent la matière première d’une souveraineté fertilisante.

Où est le projet de construction d’ une industrie d’ engrais ?

Il est temps de dépoussiérer les projets de création d’usines de fabrication d’engrais, restés trop longtemps enfouis dans les tiroirs ministériels. En transformant les déchets urbains en compost biologique haut de gamme, le Cameroun ferait d’une pierre deux coups : assainir ses villes et nourrir ses sols. Pour concrétiser cette ambition, les pouvoirs publics doivent offrir un accompagnement sur mesure au secteur privé par des facilités fiscales, un accès facilité au foncier et des garanties bancaires. Seule cette alliance stratégique entre rigueur commerciale et audace industrielle permettra de transformer une baisse conjoncturelle des importations en une véritable indépendance économique. Impossible n’est pas camerounais : l’Émergence 2035 passe par là !

Simon Metsengue

CATEGORIES
TAGS
Share This

COMMENTS

Wordpress (0)
Disqus ( )
error: Content is protected !!
%d bloggers like this: