Cameroun : ces milliards qui freinent l’Émergence !

Cameroun : ces milliards qui freinent l’Émergence !

La Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) révèle un montant de 5 107 milliards de FCFA « dormants » sous forme de Soldes Engagés Non Décaissés (SEND). Qu’est-ce qui pose problème ?

Au Cameroun, la gestion des finances publiques offre un contraste saisissant : d’un côté, les budgets de fonctionnement s’épuisent rapidement après l’ouverture de l’exercice budgétaire ; de l’autre, plus de 5 107 milliards de FCFA de financements extérieurs restent « dormants » sous forme de SEND. Ce grand écart révèle les faiblesses structurelles de la chaîne de la dépense publique.

Le fonctionnement : une consommation immédiate et peu contraignante

L’épuisement rapide du budget de fonctionnement s’explique par la nature de ses dépenses et des procédures simplifiées. Contrairement aux grands travaux, les achats de fournitures, les frais de mission et les charges d’exploitation suivent des circuits d’engagement et de liquidation courts. Par ailleurs, une part importante du fonctionnement est captée par la « gestion courante » (ateliers, indemnités, déplacements), générant une course aux déboursements dès la mise à disposition des crédits. Ces crédits reposent sur des ressources internes directes, affranchies de toute validation préalable par des bailleurs internationaux.

L’investissement et les SEND : le piège des lourdeurs structurelles

En revanche, le blocage des 5 107 milliards de FCFA d’investissement extérieur tient à un engrenage de goulots d’étranglement administratifs et techniques, notamment :

La sous-maturation des projets : des contrats sont signés avant la finalisation des études techniques ou le règlement des expropriations ;

Le déficit de fonds de contrepartie : la part de l’État indispensable au projet peine à être déboursée, bloquant ainsi la libération des tranches des bailleurs ;

Les lenteurs de la commande publique : les circuits de validation sont interminables entre les ministères sectoriels, le ministère des Marchés publics et les commissions dédiées ;

La double exigence réglementaire : les conflits de procédures persistent entre le Code des marchés publics local et les exigences spécifiques des bailleurs de fonds.

Conséquences

Ce déséquilibre a un coût élevé : les SEND génèrent des commissions d’engagement payées par le Trésor public sur des sommes non utilisées, aggravant le service de la debt sans créer les infrastructures (routes, énergie, hôpitaux) nécessaires à la croissance. Seulement pour 2025, l’encours cumulé de SEND, gravitant autour de 5 000 à 5 107 milliards de FCFA, a occasionné un versement par l’État de plus de 4 milliards de FCFA en pure perte au titre de ces frais d’engagement.

Que faut-il faire ?

Pour inverser la tendance, trois leviers prioritaires s’imposent, selon certains experts :

Conditionner la signature des prêts à une maturation intégrale préalable des projets (libération des emprises et études validées) ;

Automatiser et dématérialiser les étapes de validation des marchés publics pour réduire les délais d’attribution ;

Encadrer le fonctionnement par un calendrier strict de régulation budgétaire afin d’éviter l’assèchement précoce des liquidités du Trésor.

C’est une exigence indispensable pour l’atteinte de l’Émergence.

Simon Metsengue

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