
CRTV-RFI : Évelyne A. Koung, chapeau bas !
Accusée à tort d’avoir une « mentalité de colonisée » pour avoir analysé la sortie du ministre Emmanuel Sadi sur RFI, la direction de la CRTV fait face à des procès d’intention. Décryptage d’une polémique qui confond souverainisme de façade et exigences élémentaires du journalisme moderne.
La critique est facile, mais la rigueur professionnelle l’est beaucoup moins. Depuis la parution de l’analyse signée par Evelyne Mengue A Koung Directrice centrale du pôle TV de la CRTV — lors du JT de 20h30, relative à l’intervention du ministre de la Communication et PCA de la CRTV, Emmanuel Sadi, sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), les réactions enflammées se multiplient. Le reproche fondamental ? La CRTV n’aurait pas dû « commenter » cet événement, sous prétexte que le ministre aurait dû accorder sa primeur aux antennes nationales. Certains y voient hâtivement une manifestation de « mentalité de colonisé ».
Cette lecture passionnelle passe totalement à côté des réalités du métier de journaliste et des exigences du traitement de l’information à l’ère de la globalisation.
À titre de rappel RFI a consacré plusieurs débats et sujets au séjour du Président de la République, Paul Biya, à l’étranger. Dans une démarche journalistique élémentaire d’équilibre et de recoupement des sources, le média étranger s’est tourné vers les autorités officielles camerounaises. La réaction du ministre Emmanuel Sadi sur RFI s’inscrit donc strictement dans le jeu de la riposte médiatique et de la diplomatie de l’information : on répond là où le débat a été porté afin de toucher le même public.
Dès lors, reprocher à la CRTV et à sa Directrice centrale de traiter cet événement relève de l’absurde. Un fait médiatique d’une telle portée internationale devient, par nature, une matière d’actualité incontournable pour le média public. La démarche d’Évelyne A. Koung n’est pas de la complaisance, mais un décryptage professionnel de la communication de crise de l’État.
Partout dans le monde, les grands médias nationaux analysent les interventions de leurs dirigeants sur les antennes étrangères. Lorsque le Président français ou le Chancelier allemand s’exprime dans des médias américains ou internationaux pour recadrer un message global, les chaînes nationales de leurs pays respectifs décortiquent la portée de ces déclarations sans que cela ne pose le moindre problème éthique.
La posture journalistique consiste-t-elle à fermer les yeux sur ce qui se passe ailleurs sous prétexte d’un souverainisme mal placé ? En apportant un éclairage professionnel et documenté sur l’intervention du ministre Emmanuel Sadi, Évelyne A. Koung a simplement exercé son devoir d’information et d’analyse. S’inspirer des meilleures pratiques de la profession pour analyser la confrontation des sources et la guerre des récits médiatiques n’est pas un signe d’aliénation, mais la marque d’un journalisme mature et ancré dans son époque.
Au lieu de féliciter la plume, certains cherchent à lui jeter l’opprobre. Pour une sortie médiatique, c’en est une de très haut calibre. Chapeau bas, Évelyne !
Simon Metsengue




