COBAC vs CDEC : ces Judas de la main nourricière !

COBAC vs CDEC : ces Judas de la main nourricière !

Financer les voisins au détriment des infrastructures locales : le Cameroun entend siffler la fin de la récréation. En imposant le rapatriement des fonds publics vers la CDEC, le président Paul Biya engage un bras de fer stratégique contre les pratiques de certaines banques commerciales et le régulateur régional. Zoom sur ce qui s’ apparente à un coup contre le Cameroun.

Le 31 mai 2026, l’encours global du marché des titres publics de la BEAC a franchi le seuil vertigineux de 10 000 milliards de FCFA. D’où proviennent ces capitaux ? Un examen attentif de la répartition de cette dette sous-régionale révèle une asymétrie saisissante : le Gabon totalise 3 104,32 milliards (31 %) et le Congo 2 966,24 milliards de FCFA (plus de 29 %). À eux seuls, ces deux pays captent près de 61 % des fonds levés le Tchad, la RCA et la Guinée Équatoriale se partage un peu plus de 20% . En comparaison, le Cameroun, pourtant véritable moteur économique de la zone représentant près de 50 % des échanges sous-régionaux, n’en capte que 19,7 %, soit 1 972,08 milliards.

Les adeptes du « tout noir » au Cameroun diraient qu’il s’agit d’une question d’efficacité des gouvernants. Soit. Le plus dur à admettre reste la réalité financière alarmante dissimulée derrière cette répartition : plus de 60 % de cette dette régionale est financée par les banques commerciales installées au Cameroun. Pour souscrire massivement à ces émissions souveraines étrangères, ces établissements de crédit ne mobilisent pas seulement leurs fonds propres, mais exploitent l’abondante liquidité issue des dépôts des administrations et établissements publics camerounais conservés dans leurs livres (des fonds en déshérence).

Ce mécanisme s’apparente à un dévoiement structurel, entretenu avec la complicité de banques commerciales trop heureuses de placer la trésorerie publique nationale sur des titres d’État sous-régionaux à fort rendement et sans risque de capital. La liquidité camerounaise sert ainsi à éponger les déficits budgétaires des voisins de la CEMAC pendant que le secteur privé local et les projets d’infrastructures nationaux souffrent d’un accès restreint aux financements à long terme. Le président Paul Biya l’a bien compris et a décidé, depuis 2023, de taper du poing sur la table.

La CDEC, levier stratégique du développement du Cameroun

Afin de briser ce cercle vicieux, le numéro un camerounais a décidé de siffler la fin de la récréation en rendant effectif le transfert des fonds publics vers la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC). En exigeant le rapatriement impératif des dépôts de l’État et de ses démembrements vers la CDEC, l’exécutif camerounais reprend le contrôle souverain de ses ressources. La CDEC constitue l’ultime recours pour sanctuariser l’épargne publique et réorienter ces volumes financiers colossaux vers les priorités nationales : la transformation locale des matières premières, l’énergie, les infrastructures et le plan d’industrialisation (SND30).

Pour entraver ce processus, ce sont encore les promoteurs de certaines de ces banques qui soutiennent activement la démarche d’ingérence de la COBAC, désireuse de contrôler les opérations d’une institution étatique pour laquelle les prérogatives n’ont pas été cédées à la communauté. Ainsi, si l’application stricte des textes de la CDEC suscite l’inquiétude des marchés régionaux et des banques accoutumées à cette rente, l’enjeu pour Paul Biya est désormais clair : les ressources camerounaises doivent servir en priorité au financement du développement et à l’avenir des Camerounais.

Simon Metsengue

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