
Culture / Droits voisins : L’aube de la SCDV II!
Ce lundi 2 novembre 2026, la salle des convivialités du Musée National de Yaoundé a servi de cadre à une audience particulièrement scrutée par le monde artistique camerounais. Retour sur les enjeux et les contours de cette rencontre.
Le Ministre des Arts et de la Culture, Bidoung Mkpatt, a reçu ce 2 novembre le nouveau Conseil d’administration de la Société Civile Camerounaise des Droits Voisins (SCDV). Cette rencontre intervient tout juste dix-huit jours après l’élection du bureau conduit par Joseph Franklin Boati et dix jours après son installation officielle par la Commission de Contrôle (CCOGC). Une telle promptitude institutionnelle ne doit rien au hasard : elle marque la volonté de la tutelle d’imposer un électrochoc à une structure au bord du gouffre.
Le long calvaire d’une société en dérive (2022-2026)
Pour comprendre l’enjeu de cette rencontre, il faut mesurer le chemin de croix parcouru. Depuis la fin du mandat initial de l’ex-bassiste Aladji Touré, élu en 2017, la SCDV est entrée dans une longue période de paralysie. Pendant quatre ans, l’organisme a évolué dans un flou artistique destructeur : absence de siège social digne de ce nom, arrêt total des Assemblées Générales et dysfonctionnement de la Direction Générale.
Cette léthargie s’est accompagnée de guerres de clans fratricides et de batailles judiciaires incessantes entre professionnels. Résultat : une perte totale de crédibilité auprès des usagers et une incapacité chronique à percevoir et à redistribuer les redevances aux artistes-interprètes et aux producteurs.
Face au blocage, le Ministre Bidoung Mkpatt est intervenu de manière décisive le 20 août 2026. L’État a dissous les instances dirigeantes contestées et confié la transition à un groupe de travail neutre présidé par le magistrat Augustine Cyril Bikok Mbaby. Cet assainissement a permis de purger le fichier électoral — ramené à 1 498 membres légitimes — et d’organiser le scrutin transparent du 15 octobre 2026 sous la supervision d’ELECAM.
Les cinq commandements de la « SCDV II »
Prenant la parole lors de l’audience, le Chef de la Division des Affaires Juridiques du MINAC, Célestin Sietchoua Djuitchoko, a posé les jalons de ce qu’il a baptisé la « SCDV II ». Axée sur une professionnalisation rigoureuse, la feuille de route de la tutelle s’articule autour de cinq priorités absolues :
1. **Un fonctionnement régulier :** Doter l’organisme d’un siège fonctionnel, réactiver la Direction Générale et présenter des bilans financiers transparents.
2. La bonne gouvernance : Respecter les textes, réunir régulièrement le Conseil et privilégier le rassemblement avec les opposants d’hier.
3. La révision des textes :Remplacer les statuts frauduleux de 2023 par des textes authentifiés garantissant la sécurité juridique.
4. Le renouvellement de l’agrément : Anticiper l’échéance des dix ans d’agrément (décembre 2027) en soumettant un nouveau dossier et un cahier des charges actualisé dès cette année.
5. La loyauté envers la tutelle : Se soumettre au contrôle réglementaire du MINAC et de la CCOGC.
Le MINAC s’est voulu clair et pragmatique à l’égard de la nouvelle équipe mise en place : « Je vous invite à faire preuve de responsabilité et de professionnalisme pour permettre à l’ensemble des artistes de cette corporation de renouer de manière harmonieuse avec leur société, pour un meilleur développement et un plus grand rayonnement de celle-ci », a martelé Bidoung Mkpatt.
L’état de grâce sera donc de courte durée pour l’équipe Boati. Si la tutelle promet son accompagnement, elle exige des résultats immédiats pour que la gestion collective sorte définitivement de la précarité. Le maçon est désormais attendu au pied du mur.
Simon Metsengue




