Diaspora : Anicet Zoa Abila ” Maintenant que la patrie formule cet appel à travers le mécanisme de la CDEC, nous allons prendre nos responsabilités.”

Diaspora : Anicet Zoa Abila ” Maintenant que la patrie formule cet appel à travers le mécanisme de la CDEC, nous allons prendre nos responsabilités.”

Interview d’ Anicet Zoa Abila, Président de l’association Ekang Bësë Ya Suisse

Thématiques : Ancrage culturel, contribution économique, partenariat État-Diaspora et intégration nationale.

1-M. le Président, la Diaspora Ekang vient de se réunir à Genève. Quels sont les grands arbitrages et la vision centrale qui sont ressortis de ces assises pour structurer l’action de votre communauté à l’étranger ?

Anicet Zoa Abila : Trois priorités majeures ont émergé de notre constat général à Genève.

La première est un impératif de réenracinement culturel. L’éloignement du pays d’origine tend parfois à effriter nos repères. Nous avons jugé crucial que notre communauté retrouve ses valeurs ancestrales fondamentales que sont l’unité, la solidarité et l’entraide.

La deuxième priorité découle directement de la première : il s’agit du devoir de transmission. Beaucoup de nos enfants sont nés ou ont grandi hors du Cameroun et risquent de perdre le fil de leurs origines. Notre association se donne pour mission de réconcilier cette jeunesse avec sa tradition et sa culture d’origine.

Enfin, le troisième axe porte sur la structuration socio-économique. Nous avions un réel besoin de nous organiser autour de projets communs, porteurs de développement et d’épanouissement. L’objectif est de bâtir une communauté forte, respectée et autonome, qui s’assume pleinement tout en contribuant activement au vivre-ensemble — gage d’un Cameroun harmonieux et prospère.

2. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) ambitionne de mobiliser 2 000 milliards de FCFA auprès de la diaspora sur 10 ans pour financer le développement du Cameroun. Comment la Diaspora Ekang accueille-t-elle cet appel et compte-t-elle y prendre une part active ?

Anicet Zoa Abila : L’association Ekang Bësë Ya Suisse accueille cette initiative avec un profond respect. Bien que notre organisation soit encore jeune, la communauté Ekang est historiquement très sensible aux sollicitations des institutions de notre pays.

Nous avons toujours nourri le vœu d’un partenariat franc et constructif entre l’État et sa diaspora, afin de marcher main dans la main vers le progrès. Maintenant que la patrie formule cet appel à travers le mécanisme de la CDEC, nous allons prendre nos responsabilités. À notre niveau, nous déploierons les efforts nécessaires pour sensibiliser et mobiliser nos membres afin de participer activement à l’atteinte de ces objectifs nationaux.

3. Au-delà des transferts d’argent traditionnels destinés à la consommation familiale, quels mécanismes ou projets prioritaires votre association envisage-t-elle de mettre en place pour canaliser cette épargne vers des investissements productifs au pays ?

Anicet Zoa Abila : Comme je le soulignais, notre association est récente et il serait prématuré de formuler prématurément une liste figée de projets ou d’engagements financiers précis.

En revanche, ce que je peux vous assurer, c’est que nous disposons d’une communauté particulièrement motivée, engagée et dotée des compétences nécessaires pour élaborer des projets de développement solides et pérennes. Nous mettons actuellement en place des cadres de réflexion et des mécanismes adaptés. Nous demandons simplement un peu de patience : le travail de fond est en cours et nous produirons des résultats concrets à la hauteur des attentes.

4. On évoque souvent la méfiance de la diaspora face aux circuits financiers institutionnels. Selon vous, quelles garanties de transparence l’État et la CDEC doivent-ils offrir pour réussir cette mobilisation massive ?

Anicet Zoa Abila : Les termes “réticence” ou “méfiance” ne traduisent pas fidèlement l’état d’esprit réel des Camerounais de l’extérieur. Je parlerai plutôt d’une prudence légitime.

La diaspora est tout à fait consciente des efforts déployés par le gouvernement pour conduire le Cameroun vers l’émergence. Il est toujours facile de critiquer de l’extérieur, mais nous savons que la réalité de la gestion publique et du développement est complexe. De notre côté, nous préférons adopter une démarche constructive : nous allons nous mobiliser pour apporter notre pierre à l’édifice et transformer cet essai pour que cette première grande initiative financière soit un succès éclatant.

5-On observe une structuration progressive des solidarités communautaires au sein de la diaspora. Quelle est votre lecture de ce phénomène et comment éviter le repli identitaire pour en faire un moteur d’intégration nationale ?

Anicet Zoa Abila : Le regroupement par affinités communautaires n’est pas une nouveauté en soi : il a toujours existé, car il répond au besoin naturel de chaque groupe de préserver ses racines et ses valeurs.

Ce qui change aujourd’hui, c’est l’intensité de leur visibilité, largement amplifiée par la médiatisation et les réseaux sociaux. C’est ici que réside notre responsabilité collective : pour que ces dynamiques ne se replient pas sur elles-mêmes mais deviennent un véritable moteur d’intégration et de prospérité globale, nous avons le devoir de promouvoir sans relâche le vivre-ensemble.

Cela passe obligatoirement par une attitude responsable : il faut impérativement bannir les discours de haine et utiliser nos identités culturelles respectives comme des ponts, et non comme des barrières, pour construire le Cameroun de demain.

Propos recueillis par Simon Metsengue

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