Éducation/lycée : À l’ épreuve de la violence !

Éducation/lycée : À l’ épreuve de la violence !

Le drame survenu au Lycée technique de Nsam vient une fois de plus ébranler le cœur de la communauté éducative nationale. Derrière la perte tragique de deux jeunes élèves et le repli en catastrophe de la direction sous la protection des forces de l’ordre, se livre le spectacle amer d’une crise bien plus profonde : la résurgence préoccupante de la violence en milieu scolaire et l’érosion continue de l’autorité pédagogique.

Face à ces heures sombres, la compassion et le recueillement dus aux familles éprouvées doivent prévaloir. Néanmoins, pour éviter que le ressentiment ne déchire définitivement ce qu’il reste du pacte éducatif, une analyse lucide s’impose. L’école ne peut plus être le théâtre d’émeutes urbaines ni le déversoir de toutes les frustrations sociales.

De Nkolbisson à Etoug-Ebé : Le symptôme d’une autorité contestée*

Ce qui s’est joué à Nsam n’est malheureusement pas un fait isolé, mais s’inscrit dans une chronique noire désormais trop familière. On se souvient du choc du Lycée de Nkolbisson à Yaoundé, marquant un point de rupture sanglant dans la relation enseignant-enseigné. Plus récemment encore, la bousculade tragique et les tensions au Lycée bilingue d’Etoug-Ebé témoignaient déjà d’un climat d’insécurité latente où la moindre étincelle disciplinaire menace de muter en émeute.

Attribuer la responsabilité du drame de Nsam au seul strict respect du règlement intérieur à l’instar des contrôles de tenues ou de coupes de cheveux — relève d’un raccourci émotionnel dangereux. La discipline n’est pas une tyrannie administrative : elle constitue le pilier fondamental du savoir-être et de la citoyenneté. Lorsque l’exigence d’ordre conduit à des affrontements ou à des replis sécuritaires sous escorte policière, c’est l’ensemble du sanctuaire éducatif qui vacille.

Les dérives d’une « démocratisation » déconnectée du civisme

Ce basculement répétitif vers la violence interpelle directement le concept de démocratisation de l’éducation nationale. Si l’accès du plus grand nombre à l’instruction est un droit inaliénable, il s’est progressivement accompagné d’une malencontreuse confusion entre *liberté individuelle et refus de l’autorité.

Une démocratisation mal canalisée, dépourvue de culture civique rigoureuse, transforme l’enceinte scolaire en un terrain de contestation permanente. L’élève, de citoyen en devenir, se transforme parfois en un acteur défiant l’institution, tandis que l’enseignant et l’administrateur se retrouvent démunis, naviguant entre la peur de la sanction et l’insécurité physique.

Dépolluer l’école des passions et des courants politiques

La véritable urgence ne réside pas dans la surenchère sécuritaire post-crise ni dans la victimisation aveugle. Elle exige un sursaut collectif pour **sanctuariser l’institution scolaire**.

1. Éloigner l’école des instrumentalisations politiques : L’établissement scolaire doit demeurer un espace neutre de transmission du savoir. Récupérer les drames scolaires à des fins de querelles idéologiques ou politiques ne fait qu’exacerber la défiance de la jeunesse envers les institutions.
2. Restaurer le pacte de confiance : Un dialogue renouvelé et permanent doit s’installer entre les élèves, le corps professoral et les associations de parents d’élèves (APEE) pour anticiper les tensions avant qu’elles ne dégénèrent.
3. **Réaffirmer la valeur de l’autorité légitime :** Protéger l’autorité morale des éducateurs est la condition *sine qua non* pour préserver la sécurité de tous dans la cour de récréation comme en dehors.

Seul cet effort de clarification et d’apaisement permettra de stopper la spirale des violences scolaires et de rendre à l’école républicaine sa mission première : former des esprits éclairés, responsables et respectueux de la règle commune.

Simon Metsengue

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