Humeur : « Je suis un toutologue mais je ne le sais pas »!

Humeur : « Je suis un toutologue mais je ne le sais pas »!

Notre société est atteinte d’un nouveau mal : l’ultracrépidarianisme.

Ça commence par une banale discussion entre potes autour d’un pot. L’un d’eux, plus porté sur les questions juridiques et les procédures judiciaires et pas pédant ni prétentieux pour un sou, lance à la cantonade une question qui ressemble davantage à une colle qu’à une volonté d’épater le groupe : « gars, est-ce que vous savez ce que c’est que l’ultracrépidarianisme » ? Les uns se grattent la tête ou la barbichette, d’autres froncent les sourcils.

Il est le seul à savoir ce que signifie ce mot barbare, rébarbatif et ultra savant.
Heureusement, Google est là pour voler à notre secours. Résultat de la recherche : « l’ultracrépidarianisme est une tendance voire une manie qui consiste à donner son avis avec aplomb et assurance sur des sujets pour lesquels on ne possède pas de compétences ou de connaissances réelles ». On connaissait déjà la pratique, vieille comme le monde, mais pas le mot pour la désigner, élu mot de l’année 2021 en Belgique. Et pourtant des ultracrépidariens, nous en connaissons et les fréquentons au quotidien.

Dans un jargon plus accessible et familier, on les appelait jadis des « sabitout », des « toutologues », des Monsieur/Madame je-sais-tout, des experts en tout et spécialistes en rien. Il a fallu attendre la pandémie du covid pour que l’expression se vulgarise et se répande comme le… virus lui-même.
En 2015, un an avant sa mort, Umberto Eco, penseur et écrivain contemporain italien disait que « les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole à des légions d’imbéciles qui auparavant ne parlaient qu’au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité.

On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un Prix Nobel. » Ils ne sévissent pas seulement dans les réseaux sociaux. Au Cameroun, ils sèment la terreur sur les plateaux de télévision, parlent avec autorité de ce qu’ils ne connaissent pas, avec autant plus d’aisance que ceux et celles qui savent ne parlent pas.
Alors, les ultracrépidariens occupent les espaces abandonnés ; ils pérorent, pontifient, pinaillent, plastronnent, ergotent… Ils coupent les cheveux en quatre, cherchent et parfois parviennent à vous prouver qu’ils sont capables de trouver midi à quatorze heures. Quel talent !

Il faut bien se rendre à l’évidence : grâce aux réseaux sociaux et à la télévision, certains idiots du village sont devenus des porteurs de vérité.
Vive l’ultracrépidarianisme pour que vivent les ultracrépidariens!

Christophe Mien Zok/Journal l’ Action 

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