Importation de poisson :  la pénurie, comme outil de chantage ! !

Importation de poisson : la pénurie, comme outil de chantage ! !

Les importateurs de produits halieutiques brandissent de nouveau le spectre d’une pénurie de poisson pour la fin d’année, prétextant la réduction des quotas décidée par l’État. Pourquoi s’entêter à financer la dépendance au lieu de réinjecter ces fonds dans la production locale ?

En affichant sa volonté de réduire les importations de poisson congelé, l’État du Cameroun affirme vouloir défendre la balance commerciale et préserver ses réserves de devises. Mais derrière les discours, la réalité reste celle d’un modèle économique pervers qui se perpétue. Un petit groupe d’opérateurs détenteurs d’agréments continue d’engloutir des centaines de milliards de FCFA pour importer ce que la nature et les eaux camerounaises pourraient abondamment produire sur place.

Une décennie d’illusion !

Sur la période 2015-2025, le bilan de la politique d’import-substitution inscrite dans la Stratégie Nationale de Développement (SND30) est sans appel : les importations n’ont pas baissé, elles ont explosé. En 2015, le Cameroun importait environ 180 000 tonnes de poissons congelés. En 2025, sous la pression démographique et une urbanisation galopante, la demande nationale a atteint 500 000 tonnes. Les importations ont culminé à plus de 267 000 tonnes, creusant une facture astronomique qui dépasse désormais 230 milliards de FCFA par an.

Pendant ce temps, la production nationale piétine. Si la pêche locale et l’aquaculture affichent une légère progression (+5 % en 2025 pour atteindre entre 230 000 et 250 000 tonnes), elles couvrent à peine la moitié des besoins. La raison est simple : les producteurs locaux étouffent sous le coût exorbitant de l’aliment pour poisson, le manque d’accès aux alevins de qualité, le déficit d’infrastructures de conservation et l’absence de financements adaptés.

L’agrément d’importation : une rente sur le dos du développement

Où passent donc les précieuses devises du Cameroun ? Elles financent les navires étrangers et les géants de la distribution congelée au lieu d’irriguer le tissu productif national. Les détenteurs d’agréments et de quotas exploitent un marché captif fort d’un déficit de 250 000 tonnes. À chaque révision des quotas par les ministères du Commerce ou de l’Élevage, le refrain est le même : chantage à la pénurie, menaces de flambée des prix et panique organisée à l’approche des fêtes. Cette logique rentière assèche les caisses de l’État sans jamais contraindre ces importateurs milliardaires à réinvestir la moindre fraction de leurs bénéfices dans des fermes aquacoles ou des flottes de pêche nationales.

L’application du « libéralisme communautaire » doit être interrogée. Au lieu de bâtir des capitaines d’industrie comme le prône cette doctrine, nous assistons à la prolifération d’importateurs qui, loin de catalyser la production locale, plombent les réserves de devises au profit d’intérêts strictement égoïstes.

Imposer le financement local : la contrainte comme seule issue

La baisse des quotas ne doit plus être un ajustement administratif frileux, mais une rupture salutaire. Il est grand temps de conditionner l’octroi des agréments d’importation à des obligations strictes d’investissement direct dans la filière halieutique locale. Un importateur ne devrait obtenir le droit de faire entrer du poisson congelé qu’à la condition proportionnelle de financer l’ alevinage, la fabrication locale d’aliments ou l’équipement des pêcheurs artisanaux.

Resserrer les boulons aujourd’hui et assumer une transition rigoureuse est le prix à payer pour briser l’asservissement financier du pays. Continuer à céder aux diktats des importateurs revient à condamner le Cameroun à une fuite permanente de devises pour nourrir sa population avec ce qu’elle pourrait elle-même produire.

Simon Metsengue

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