
Football : « Cangate », parlons-en !
L’actualité récente des précontentieux et arbitrages internationaux impliquant le prestataire Gruppo Piccini rappelle les complexités contractuelles inhérentes aux grands projets d’infrastructures. Cependant, doit-on réduire l’immense chantier de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN TotalEnergies 2021) à ces seuls litiges administratifs ?
Les Camerounais ont parfois la mémoire courte. Après les sacres de 2000 (au Nigeria) et de 2002 (au Mali), l’opinion publique s’est tournée vers le président Paul Biya pour exiger l’organisation d’une CAN. Il s’agissait de réparer une anomalie historique : malgré un palmarès continental exceptionnel, le Cameroun n’avait plus accueilli la compétition depuis 1972. Il était temps que le pays, qui avait tant profité de l’hospitalité des autres nations, offre à son tour sa propre vitrine.
À l’écoute de son peuple, le chef de l’État a validé la candidature du Cameroun. Avec l’appui d’Issa Hayatou, alors président de la CAF, le pays s’est vu attribuer l’organisation de l’édition 2019 à 16 équipes. Face aux lenteurs des chantiers et au changement de format, la CAF a finalement accordé un glissement de calendrier pour organiser une CAN à 24 équipes en janvier 2022.
Un plan d’investissement massif pour les infrastructures
Le cahier des charges initial prévoyait un plan d’investissement global d’environ 400 milliards de FCFA. Pour répondre au passage à 24 équipes imposé par la CAF, l’État a réhaussé son engagement à plus de 520 milliards de FCFA.
Ventilation des dépenses par pôle urbain :
Yaoundé (Complexe d’Olembé) : Enveloppe portée de 163 à près de 210 milliards de FCFA, incluant le stade principal de 60 000 places, les terrains annexes et les voiries urbaines. Sur ce montant, environ 155 milliards ont été effectivement déboursés pour la construction du stade et l’amorce du complexe (113 milliards pour Piccini et 42 milliards pour Magil).
* **Douala (Japoma) :** Environ 140 milliards de FCFA alloués à un complexe ultramoderne (stade de 50 000 places, piscine olympique et gymnase).
* **Garoua :** Environ 66 milliards de FCFA consacrés à la rénovation du Stade Roumdé Adjia et à la modernisation des terrains d’entraînement.
Limbe / Bafoussam : Plus de 60 milliards de FCFA investis pour mettre aux normes les stades d’Omnisports de Limbe et de Kouekong à Bafoussam, ainsi que leurs annexes.
La Task Force : catalyseur opérationnel
Afin d’absorber l’impact des glissements de calendrier et de répondre aux exigences de la CAF, la Présidence de la République a mis sur pied une **Task Force** en 2018. Cette structure d’exception visait à rationaliser et accélérer les procédures de passation et d’exécution des marchés publics, garantissant ainsi la livraison effective des ouvrages.
Du mythe « Cangate » au triomphe organisationnel
La narratif stigmatisant d’un soi-disant « Cangate » relève d’une rhétorique entretenue par un dénigrement systématique. La réalité opérationnelle démontre que la 33ᵉ édition de la CAN a été l’une des plus abouties sur les plans technique, sécuritaire, médiatique et organisationnel.
Preuve de cet impact international : la CAN Cameroun 2021 a remporté le titre de People’s Choice Event aux prestigieux Eventex Awards aux États-Unis en décembre 2022. Décerné par le public mondial, ce trophée a récompensé l’excellence du COCAN, la ferveur populaire et la richesse culturelle des cérémonies d’ouverture et de clôture.
Retombées structurelles et bilan d’avenir
Au-delà de l’événement sportif, ce programme d’envergure a servi de véritable moteur d’aménagement du territoire :
Voiries et réseaux : Modernisation massive des accès urbains (pénétrantes, axes secondaires, éclairage public) à Yaoundé, Douala, Garoua et Bafoussam, Limbe, Buea
Capacités hôtelières : Émergence et rénovation de complexes 4 et 5 étoiles (Krystal Palace, Hôtel Bénoué, Hôtel du Phare…..), renforçant durablement l’attractivité touristique.
Il appartient désormais aux citoyens de valoriser et de préserver ce patrimoine national. Loin des procès d’intention et des critiques stériles, le bilan s’impose d’lui-même : celui d’une réussite incontestable, témoignage de l’affirmation d’un Cameroun résolument moderne.
Simon Metsengue




