Jeune “Afrique ou Cameroun” : sept jours, sept ragots!

Jeune “Afrique ou Cameroun” : sept jours, sept ragots!

Le quotidien des ragots du palais camerounais, Jeune Afrique, vient encore de frapper. Il se murmure que « le torchon brûle » entre Nathalie Moudiki et Chantal Biya. Et puis quoi encore ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Il fut un temps où ouvrir un numéro de Jeune Afrique s’apparentait à une immersion dans les arcanes de la haute politique africaine. C’était l’époque des grands décryptages, des analyses froides et des enquêtes rigoureuses qui accompagnaient la montée en puissance des jeunes États postcoloniaux. Aujourd’hui, face à la dérive éditoriale qui cible le Cameroun, un constat amer s’impose : le professionnalisme de jadis a foutu le camp. En l’espace de quelques semaines, le magazine semble s’être transformé en un réceptacle de commérages de bas étage, oscillant entre le sensationnalisme de caniveau et l’acharnement pur et simple.

La foire aux fantasmes : de l’or du Cameroun aux rumeurs de couloir

Pour s’en convaincre, il suffit de feuilleter les récentes publications. Le Cameroun y est dépeint non plus à travers le prisme de ses enjeux géopolitiques réels, mais à travers une succession de fables rocambolesques. Un jour, ce sont des élucubrations sur la gestion de l’or camerounais, accusant sans sourciller le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) de convoyer clandestinement le métal précieux vers Pékin ou Dubaï. Le lendemain, la décence est piétinée par l’évocation du président Paul Biya sur une prétendue chaise roulante.

Plus absurde encore, le journal s’immisce dans la vie privée des institutions en mettant en scène une rivalité à couteaux tirés entre la Première Dame, Mme Chantal Biya, et Nathalie Moudiki, Conseillère Technique N°2 à la SNH. Certainement victime cette fois à cause des considérations esthétiques ou de carnation, peut-être au prétexte que les deux femmes partagent un teint semblable. À ce rythme de feuilletonnage digne des tabloïds les plus obscurs, on peut déjà imaginer les titres de demain : « Franck Biya et l’Administrateur Directeur Général de la SNH, Adolphe Moudiki, à couteaux tirés », barrant la Une sur la base de simples fantasmes du rédacteur.

Une question s’impose alors : quel est le projet ?

Pour un média de droit français qui prétendait éclairer le continent, cette descente aux enfers éthique interroge. Que doivent penser les grands titres de l’Hexagone comme Le Monde, Le Parisien ou même Charlie Hebdo en observant leur confrère s’enfoncer ainsi dans la périphérie de l’information, devenant la poubelle de la presse panafricaine ?

Le crépuscule des grandes plumes et le triomphe de la manipulation

Pour combien ? À quel prix Jeune Afrique accepte-t-il aujourd’hui de brader sa notoriété historique ? Il est douloureux de voir que le digne héritier de Béchir Ben Yahmed est devenu l’instrument de petits clans de fonctionnaires véreux. Ces derniers, qui n’existent pourtant politiquement et socialement que par la grâce du décret présidentiel de Paul Biya, semblent avoir réussi à instrumentaliser et à affaiblir un journal jadis incorruptible pour mener leurs guerres de positionnement à Yaoundé.

On est bien loin de la belle époque. Jeune Afrique a pourtant été le berceau et le carrefour des plus grandes intelligences journalistiques du continent. On se rappelle avec nostalgie les analyses lumineuses de figures tutélaires telles que :

Béchir Ben Yahmed (BBY), le fondateur, dont la vision et la rigueur éditoriale dictaient la marche du journal.
Siradiou Diallo, dont la plume acérée et le sens de l’investigation laissaient peu de place à l’approximation.
Sennen Andriamirado, le grand reporter, analyste hors pair des transitions politiques africaines.
Jean-Baptiste Placca ou encore François Soudan (à ses heures de grande lucidité), qui savaient disséquer le pouvoir sans sombrer dans le ragot.

Le gâchis d’une ambition transgénérationnelle

Voir ce monument de la presse écrite se réduire à relayer les frustrations de salons feutrés et les complots de couloir est un immense gâchis. L’ambition de Jeune Afrique se voulait transgénérationnelle : le magazine devait être le trait d’union entre l’Afrique des indépendances et celle de la modernité, un repère pour la jeunesse et les décideurs d’aujourd’hui et de demain.

En choisissant le parti du ragot hebdomadaire contre le Cameroun, le journal ne détruit pas l’image du pays qu’il attaque oh que non ; mais il achève de consumer sa propre crédibilité. La mémoire de ses glorieux anciens méritait définitivement mieux que cette triste parodie de journalisme. Quel gâchis !

Simon Metsengue

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