
Cameroun : la tyrannie du tout en noir !
Un autre dimanche des débats à charge s’annonce. Que diront ils encore du Cameroun, de ses institutions de l’ ordre gouvernants ? Les réseaux sociaux ont tenu en haleine l’opinion toute la semaine, la télé va enfoncer le clou mais…
Il s’est installé insidieusement, chez une bonne frange des Camerounais, un étrange tribunal de la pensée. Une habitude solidement ancrée qui dicte désormais les brevets de lucidité au Cameroun. Le logiciel est simple, presque binaire : oser dire du bien de votre pays, souligner une route qui s’achève, un port qui sort de terre, des stades qui poussent comme des champignons, des hôpitaux qui s’élèvent, des barrages, des universités ou, crime de lèse-majesté, reconnaitre une once de méthode à l’action gouvernementale, et vous voilà instantanément disqualifié, insulté, discriminé. Vous êtes l’« idiot de service », l’aliéné, l’individu sans valeur vendu aux intérêts du système.
En revanche, pour obtenir votre carte d’intellectuel, votre brevet de patriote éclairé et l’onction de l’honnêteté citoyenne, la recette est universelle : il faut détruire, tout peindre en noir. Classer le Cameroun au dernier rang de tout, peindre chaque matin le tableau d’un chaos absolu, et vouer l’ordre gouvernant aux gémonies. Le dénigrement est devenu la nouvelle compétence nationale.
Le complexe du flagellant
Pourtant, il suffit de lever un instant les yeux de ses smartphones et de regarder ces « pays du Nord » que l’on érige si souvent en modèles indépassables. Pensent-ils vraiment que tout y fonctionne à la perfection ? Des systèmes de santé à bout de souffle en Europe aux infrastructures ferroviaires défaillantes, en passant par les grands écarts entre riches et pauvres, les zones d’ombre y sont légion.
Mais là-bas, on sait faire la différence entre la critique et la flagellation. Les citoyens et les médias de ces pays savent pointer du doigt ce qui ne marche pas pour que les choses aillent mieux, sans pour autant ameuter la terre entière en hurlant au naufrage. Ils critiquent le pilote, mais prennent soin de l’avion. Ici, au terroir, pour corriger une fuite d’eau, on préfère dynamiter la maison. On ne construit pas une nation en piétinant son propre drapeau au nom de la liberté d’expression.
Le coût du dénigrement
Cette fâcheuse manie de cette catégorie de Camerounais hyperconnectés n’est pas sans conséquences. À force de peindre le Cameroun en noir de jais, l’image du pays se dissout, tant à l’intérieur qu’à l’international.
En interne, elle distille le venin du découragement chez la jeunesse et annihile toute forme de fierté nationale. À l’international, elle fait fuir les investisseurs, ternit la diplomatie et transforme chaque Camerounais de la diaspora en suspect de l’enfer. Comment vendre une destination que ses propres enfants passent leurs journées à brûler sur l’autel des réseaux sociaux ?
La nostalgie du filtre
Il est difficile de ne pas céder à une certaine nostalgie. Un temps, pas si lointain, où la parole publique avait du poids parce qu’elle était pesée. Une époque où la liberté d’expression au Cameroun, bien que perfectible, passait par le filtre de la pudeur, du respect des institutions et d’une certaine décence républicaine. Ce filtre n’était pas une censure de la vérité, c’était un rempart contre l’indignité.
Aujourd’hui, sous prétexte que le micro s’est démocratisé, la logorrhée haineuse a remplacé le débat d’idées. On peut célébrer les terroristes djihadistes ou sécessionnistes. On peut appeler à l’insurrection, insulter le président de la République, parfois même sa défunte mère. Il est temps de comprendre que l’on peut aimer le Cameroun sans idolâtrer ses dirigeants, mais que l’on ne peut pas prétendre le sauver en choisissant de le flageller chaque jour sur la place publique mondiale. La vraie intelligence n’est pas dans le cynisme systématique, elle est dans la nuance.
Simon Metsengue




