Vacances présidentielles : Grégoire Owona un cas d’école en communication politique !

Vacances présidentielles : Grégoire Owona un cas d’école en communication politique !

La récente prise de parole du ministre Grégoire Owona, Secrétaire général adjoint du Comité central du RDPC, a suscité une vive polémique. À la suite de son intervention sur sa page officielle concernant le séjour privé du président Paul Biya à l’étranger, plusieurs observateurs l’ont accusé de travestir les réalités juridiques régissant le Code du travail. Face à cette vague de critiques, une interrogation s’impose : et s’il s’agissait plutôt d’une démarche pédagogique, fondée sur une métaphore accessible au plus grand nombre ?

Cible privilégiée des thuriféraires du dénigrement systématique et des adeptes du « tout noir », le ministre fait l’objet de reproches véhéments. L’élément déclencheur de ce débat houleux réside dans cette déclaration :

« S.E. Paul Biya, élu par le peuple camerounais et payé par lui, est un travailleur qui a droit à son congé annuel. Son employeur est tenu de le lui accorder. Il a pris soin d’informer son employeur à son départ et en fera autant à son retour. »

Abordée sous le seul angle du droit positif, la formule peut interloquer : le statut financier et fonctionnel du chef de l’État ne relève à l’évidence aucunement du Code du travail. Néanmoins, sur le terrain de la communication politique, cette intervention constitue un véritable cas d’école. Elle repose sur l’importation délibérée du lexique du droit du travail dans l’espace public afin de démocratiser des notions institutionnelles complexes. Cette stratégie s’articule autour d’une métaphore filée qui structure l’ensemble de la démonstration :

  • Le Président en mandataire : En qualifiant le chef de l’État de « travailleur » rémunéré par les deniers publics, le propos rappelle un principe démocratique cardinal : le président n’exerce point un pouvoir personnel, mais accomplit une mission confiée par les citoyens pour un temps déterminé.
  • Le peuple, autorité souveraine : En désignant le peuple comme l’« employeur », le discours réintroduit le citoyen au cœur de la relation de pouvoir, projetant ainsi une image forte de redevabilité.
  • Le séjour privé réhabilité en temps de repos : L’assimilation du séjour présidentiel à un « congé » procède d’une volonté de dédramatiser l’absence du chef de l’État, en invoquant le principe universel du droit au repos, inhérent à toute condition humaine, quel que soit le niveau de responsabilité.

Pour quiconque analyse cette prise de parole de bonne foi, l’intention sous-jacente apparaît limpide : il ne s’agissait nullement d’initier une querelle de spécialistes du droit, mais de rappeler une évidence humaine universelle. En substituant aux concepts rigides du droit public des notions issues du quotidien (le travail, l’employeur, le congé), la communication du ministre s’emploie à rendre intelligible le principe de continuité de l’État auprès du grand public.

Au-delà de la controverse, cette sortie édifiante illustre l’un des défis majeurs de la communication politique contemporaine : l’arbitrage entre l’efficacité pédagogique d’une image saisissante et la rigueur technique des textes officiels.

Simon Metsengue

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