
Vacances présidentielles : le Cameroun invente-t-il le fil à couper du beurre ?
Depuis le départ du président Paul Biya en « séjour privé » à l’étranger, une certaine opposition s’agite et crie à cor et à cri au spectre de la vacance du pouvoir. Pourquoi une telle agitation ?
Dans l’architecture institutionnelle mondiale, la question des congés du chef de l’État obéit globalement à une règle non écrite, mais universellement acceptée : quasiment aucune Constitution ne fixe de calendrier ni de quota de jours de repos pour le détenteur du pouvoir suprême. Par essence, la fonction présidentielle s’accommode mal des contingences d’un contrat de travail classique. Le chef de l’État choisit ses moments de répit et en définit librement la durée, selon les exigences de sa charge.
Rapide tour d’horizon
En France :La Constitution de la Ve République est muette sur les congés présidentiels. Que ce soit au fort de Brégançon ou ailleurs, le Président aménage ses pauses estivales comme il l’entend. Il n’est jamais déconnecté : il emporte avec lui ses dossiers et la sacoche des codes nucléaires.
Aux États-Unis :De Camp David aux ranchs texans, en passant par les plages du Delaware, les présidents américains prennent régulièrement des vacances. La presse les scrute, mais la loi ne les limite pas, le président restant le commandant en chef 24h/24, quel que soit l’État où il se trouve.
En Chine :Les dirigeants observent chaque été la traditionnelle « retraite de Beidaihe ». Bien que non officielle sur le plan constitutionnel, cette villégiature balnéaire est un moment de repos et de tractations politiques qui n’est borné par aucun délai légal.
En Russie :Vladimir Poutine s’octroie régulièrement des séjours dans la taïga sibérienne. Aucun texte n’encadre ces escapades, le Kremlin veillant simplement à maintenir la continuité des affaires de l’État.
* **En Afrique :** Les présidents d’Afrique du Sud prennent des congés annuels sans que cela ne crée de heurts institutionnels. Au Nigeria, bien que l’article 145 de la Constitution prévoie la transmission d’une lettre au Sénat en cas d’absence (afin de confier temporairement la gestion courante au vice-président), c’est toujours le chef de l’État qui décide souverainement de l’opportunité et de la durée de ses séjours, souvent passés à Londres pour s’y reposer.
L’esprit de la loi : le principe de continuité
Si le silence des textes est si unanime à travers le monde, c’est parce qu’il répond à un principe cardinal du droit public : la continuité de l’État. De grands juristes, à l’instar du doyen Maurice Hauriou ou du célèbre constitutionnaliste français Guy Carcassonne, ont longuement théorisé cette permanence. Carcassonne rappelait d’ailleurs avec justesse qu’un président « ne cesse jamais de l’être ». La fonction s’attache à la personne, et non à un bureau géographique. Où qu’il se trouve, le chef de l’État incarne la Nation, signe les décrets et dirige la diplomatie. La vacance du pouvoir n’est pas une question de géographie, mais de capacité à exercer ses prérogatives.
Le cas du Cameroun : la permanence au-delà des frontières
À l’aune de ce panorama mondial, le Cameroun n’invente manifestement pas le fil à couper le beurre. Les séjours privés du président Paul Biya à l’étranger s’inscrivent dans cette logique de respiration présidentielle, inhérente à la lourdeur de la charge. Le palais d’Étoudi n’est pas une prison dorée, et l’éloignement physique du territoire national n’interrompt en rien le fonctionnement régulier des institutions de la République.
Dès lors, comment comprendre l’agitation cyclique et passionnée qui entoure les absences du chef de l’État camerounais ? Cette frénésie, souvent alimentée sur les réseaux sociaux par des esprits chagrins, relève davantage de la tactique politicienne et du sensationnalisme que d’une véritable anomalie institutionnelle. La Constitution camerounaise a prévu tous les mécanismes de fonctionnement de l’État. Tant que le président continue de donner ses hautes instructions, de parapher les actes souverains et de veiller à la marche du pays, le débat sur son lieu de résidence temporaire reste un faux procès.
Que chacun sache faire son travail et cesse d’agiter l’opinion pour si peu. Paul Biya est bel et bien aux commandes ; il reviendra au pays au moment opportun.
Simon Metsengue




