LUNETTEGATE : DE L’EXCÈS DE ZÈLE À LA BOSSE DU POUVOIR!

LUNETTEGATE : DE L’EXCÈS DE ZÈLE À LA BOSSE DU POUVOIR!

Accablé après l’arrestation de quatre journalistes pour une histoire ambigue de paires de lunettes, Alamine Ousmane Mey est-il le vrai coupable ou la victime idéale ? Plongée au cœur d’une affaire où le zèle des uniformes, la défaillance judiciaire et les coups bas d’entourage étouffent le droit.

À chaque fois qu’un scandale éclate au Cameroun, la vindicte populaire exige une tête au bout d’une pique. Aujourd’hui, le ministre Alamine Ousmane Mey se retrouve cloué au pilori, voué aux gémonies dans les salons berrichons et sur la Toile. Pourtant, pour qui observe avec minutie les arcanes de la République, un constat s’impose : le patron de l’Économie est sans doute moins le commanditaire d’une injustice qu’un grand corps d’État piégé par des officines internes et des hommes en tenue en mal d’autorité.

Selon plusieurs sources concordantes, le ministre Alamine Ousmane Mey affirme n’avoir jamais porté plainte contre ces professionnels de la presse. La question centrale se pose alors avec une acuité brûlante : qui a donc agi en son nom ? S’il existe une plainte déposée dans l’ombre par un tiers non mandaté, de quel droit a-t-elle été reçue ? Et dans l’hypothèse où aucune plainte n’existerait, au nom de qui et de quoi des hommes en tenue s’octroient-ils le pouvoir suprême de priver quatre citoyens camerounais de leur liberté ?

La récente arrestation de ces quatre journalistes remet en lumière une plaie béante : le piétinement de la légalité des interpellations dans notre pays. Le Code de procédure pénale camerounais est pourtant explicite : l’arrestation est l’exception, la liberté la règle. Hors cas de flagrant délit par définition inapplicable au travail d’investigation ou aux délits d’opinion ,  la convocation préalable, le respect des heures légales et le mandat délivré dans les règles sont des impératifs constitutionnels. Qu’il s’agisse de la Police ou de la Gendarmerie, ces corps n’ont pas vocation à servir d’escadrons privés.

Plus grave encore est la gestion de la détention elle-même. Alors que la loi fixe le délai maximal de garde à vue à 48 ou 72 heures sous encadrement strict, ces citoyens ont été retenus **sept jours durant**. Où était le Procureur de la République pendant ces dix-huit cents heures de privation de liberté ? N’a-t-il pas effectué sa visite de routine légale dans les cellules ? Qui a signé ou ordonné le renouvellement hors-délai de cette garde à vue ?

Ce silence et cette passivité de la chaîne judiciaire traduisent un dysfonctionnement institutionnel grave qu’il convient de décrier avec la dernière énergie. Une frange d’hommes en tenue, animée par un zèle dangereux, érige l’uniforme en passe-droit divin. Pour ces éléments, la tenue ne symbolise plus la protection du citoyen, mais un pouvoir discrétionnaire et absolu. Sous couvert de « hautes instructions » souvent fantasmées, ils piétinent les droits fondamentaux.

Mais qui alimente ces abus ? L’examen des faits révèle le rôle néfaste de certains entourages ministériels. Ces cours rapprochées, composées d’intermédiaires zélés et d’ambitieux sans scrupules, fabriquent de toutes pièces de faux rapports d’urgence. En répercutant des informations erronées, filtrées ou manipulées, ces collaborateurs règlent des comptes personnels, protègent des intérêts privés ou cherchent à se rendre indispensables.

Le piège se referme alors impitoyablement. Lorsque la procédure dérape, que l’arbitraire éclate et que l’effet boomerang survient dans l’opinion publique, ces conseillers de l’ombre s’évaporent. Et qui se retrouve « mangé à toutes les sauces » ? Le ministre lui-même.

Hommage doit être rendu à la presse lorsqu’elle fait son devoir, et le sort des quatre journalistes interpellés exige un traitement rigoureusement conforme au droit. Mais accabler aveuglément Alamine Ousmane Mey relève du raccourci commode. Reconnu pour son rigorisme et sa réserve technocratique, le ministre apparaît ici comme la cible collatérale d’un système où l’excès de zèle des galons et la perfidie des entourages étouffent la raison d’État.

Cette affaire ne doit pas être un fait divers de plus. **Elle doit servir de jurisprudence capitale** pour stopper net cette pratique récurrente des arrestations injustifiées et arbitraires devenues monnaie courante. Pour sauver les institutions, il est urgent de responsabiliser les exécutants, de rappeler la magistrature à son devoir de contrôle et d’assainir les cabinets ministériels, plutôt que de livrer de grands serviteurs de l’État en pâture aux foules.

Simon Metsengue

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